Peter’s friend. Peter (Oakes Fegley) était un petit garçon comme les autres, jusqu’à un tragique accident de voiture qui provoquera la mort de ses parents. Miraculeusement indemne, le bambin errera seul dans le forêt et trouvera refuge (protection, aussi) auprès d’une gigantesque créature verte et poilue : un dragon. Cette créature, le vieux Meacham (Robert Redford) prétend depuis des années l’avoir vue, ce qui lui vaut bien des moqueries. Même sa fille Grace (Bryce Dallas Howard), garde forestière dans la région, ne le croit pas. Mais elle tombe nez à nez avec ce gamin aux faux airs de Mowgli, qu’elle choisit de recueillir. La jeune femme s’apercevra bien vite que l’enfant sauvage pourrait bien s’entendre avec Nataliev (Oona Laurence), la fille de son ami Jack (Wes Bentley). Mais Peter n’a de cesse d’évoquer son grand ami Elliott, lequel pourrait bien faire son apparition – au grand dam de certains employés de la scierie locale…
Géant vert. S’il n’est pas considéré comme l’un des sommets du Disney des années 70, le Peter et Elliott le dragon de l’artisan Don Chaffey (à qui l’on doit tout de même Jason et les Argonautes) n’en a pas moins son statut de petit classique, notamment pour son audacieux pari (assez réussi) de mêler animation 2D et prise de vues réelles et pour le chouette design de la sympathique créature. Après les nouvelles versions d’Alice (pour le pire), de Cendrillon (pas glorieux non plus) ou du Livre de la jungle (jolie surprise), la firme de l’Oncle Walt a donc encore décidé de faire prospérer son fonds pour une nouvelle génération, en jouant de l’effet « madeleine », avec cette histoire d’amitié entre un pauvre petit orphelin et le monstre sympa. Doit-on pour autant parler de remake, tant le scénario revisite complètement la trame originale ? Ou de réinvention, de relecture d’une pseudo-« franchise » ? Qu’importe, au fond : dès les premières minutes – l’accident, la poursuite avec un loup dans la forêt… -, David Lowery (le joli Les Amants du Texas avec Rooney Mara, c’était lui…) impose modestement sa patte et le résultat, certes inévitablement formaté pour un jeune public, se montrera plus riche qu’il n’y paraît. Les lumières de Bojan Bazelli (vieux complice d’Abel Ferrara) disséminent un ton rappelant un cinéma estampillé Amblin des années 80, déjà réhabilité par Super 8 de J.J. Abrams ou la série Stranger things. Plus curieux, pour rester dans l’esprit d’époque, certaines scènes dans la forêt, jouant avec l’invisibilité du géant, ne sont d’ailleurs pas sans rappeler le Predator de John McTiernan ! Mélange de chien, de chat et de gros oiseau – et rien à voir avec le traditionnel cracheur de feu écaillé ! -, le présent dragon fait aussi ressurgir le spectre du génial Falkor de Date de L’Histoire sans fin – auquel Peter et Elliott le dragon emprunte aussi beaucoup.
S’il a une justification (qu’on ne dévoilera pas) et s’il est techniquement impeccable, ce choix esthétique, un peu lisse, fait perdre une certaine sauvagerie à un récit – qui, pourtant, ne demanderait pas mieux et qui confond un peu naïveté et niaiserie. Les méchants (le sont-ils tant que ça ?) sont d’ailleurs assez bâclés – tout comme le personnage de Robert Redford, qui cachetonne en patriarche ayant vu la bête -, et n’intéressent pas du tout Lowery, lequel préfère se focaliser sur sur les rapports entre le petit et Bryce Dallas Howard (en mode « Jessica Chastain, c’est moi »), ainsi que sur les relations entre l’enfant et son ami (peut-être pas si) imaginaire. C’est cet aspect ouvertement psychanalytique – raté dans le Bon Gros Géant de Spielberg – qui se révèle au fil de ce film pas si bête sur le deuil, dont l’émotion culmine lors d’une scène finale extrêmement poignante (N.B.. : doit-on citer les collègues sortis en pleurs de la projection de presse ?). Toutes proportions gardées, cette mélancolie assumée a même un petit parfum de Géant de fer ou de Bing Bong dans Vice Versa… Peter et Elliott le dragon révèle alors une capacité paradoxale d’être un film sur l’adieu pour un nouveau départ – une famille recomposée (réelle ou symbolique) -, qui à la fois fera pleurer les plus jeunes spectateurs et ramènera leurs aînés vers des émotions qu’ils croyaient avoir perdues. Ces dragons qui s’étaient envolés, pensait-on, à jamais.

