Au fait, on a vu « L’empire » de Bruno Dumont

Auréolé du prix du jury à la dernière Berlinale, L’Empire permet à Bruno Dumont de réaliser un space opera vaguement inspiré de Star Wars dans son Nord natal. Que chacun goûtera selon sa sensibilité.

Nous revoici sur la côte d’Opale, ses plages de galets et ses habitants attachiants, témoins à nouveau d’événements bien étranges. Pour pitcher le plus simplement possible: nous sommes sur Terre et les êtres humains, bêtes et nuls, sont tiraillés entre les forces du bien et du mal. Cette dualité se matérialise par des énergies cosmiques binaires venues du fin fond de la galaxie. Soit Les 1 et les 0, deux forces qui se livrent bataille depuis l’origine des temps et dont le dernier duel se déroule à Boulogne-sur-Mer. C’est là où est né l’antéchrist, Freddy, la marmaille de Jony, un pêcheur de crabe un peu beauf faisant tourner les têtes de toutes les filles de sa région.

Résumé comme cela, on se croirait parti pour un nouveau délire plein turbo. Seulement, cette apparente drôlerie provoquée par le décalage entre les sabres lasers et la vie quotidienne dans un village modeste du nord de la France n’est que façade. Peut-être parce que, plus que jamais dans la filmographie de Dumont, le nihilisme contamine l’image et possède (littéralement) les corps. À l’instar du Under the skin de Jonathan Glazer, les extraterrestres, qui investissent les corps des humains et interagissent avec eux, se retrouvent en proie au doute. Ici, sur Terre, tout n’est pas blanc, tout n’est pas noir. Bruno Dumont ressasse ses thèmes de prédilection et, pour ce faire, utilise une méthode qui a fait ses preuves. Il s’entoure d’acteurs professionnels et d’amateurs dégotés sur place et les confronte. Cela donne lieu à des interactions disruptives à l’instar de Fabrice Luchini en totale roue libre. L’interprétation disons aléatoire demande toujours un petit temps d’adaptation. Les références à Star Wars sont pleinement assumées. Dumont a clairement voulu éviter l’effet carton-pâte, avec des moyens conséquents, dont des vaisseaux spatiaux dérivés de merveilles de l’architecture: la Sainte Chapelle (pour le camp du bien), le Palais de Caserte à Naples (pour ses adversaires).

Pourtant, plus qu’à la saga de George Lucas, c’est surtout à Twin Peaks de David Lynch que l’on pense tout le long du film, ne serait-ce dans cette description d’un monde en proie aux forces du mal, avec notamment pour les séquences se déroulant dans les palais spatiaux devenant autant d’autres mondes hors du temps où des êtres sans formes aux dialogues inversés fomentent la fin des temps. Et aussi, lorsque nous sommes sur Terre, avec nos deux enquêteurs de la série P’tit quinquin (le commandant Roger Van der Weyden et Rudy Carpentier), à nouveau complètement dépassés par les événements. Toute cette histoire converge vers un final à la fois tragique et stupide, drôle et triste, terrible et co(s)mique, bon et mauvais où seul le chaos survivra. Dire que tout cela est digeste sur quasi deux heures, évidemment non, mais cette proposition de cinéma (vaste blague ou réinvention de la science-fiction?) est si « autre » qu’elle ne se loupe pas. C’est, de préférence, à vivre en salles avec des spectateurs autour de vous qui expriment très fort leurs émotions. G.C.

21 février 2024 en salle | 1h 50min | Comédie, Comédie dramatique, Drame, Science Fiction
De Bruno Dumont | Par Bruno Dumont
Avec Lyna Khoudri, Anamaria Vartolomei, Camille Cottin

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