En 2024, Godzilla bouge-t-il encore? En France, quel est notre rapport aux kaiju eiga? Mais pourquoi God est-il si méchant? L’expert Pascal-Alex Vincent répond à toutes ces questions.
En 2024, Godzilla bouge-t-il encore?
Pascal-Alex Vincent: Plus que jamais! La dernière Berlinale a présenté la version restaurée de l’original (à l’occasion de ses 70 ans) devant une salle en surchauffe, et le Godzilla Minus One de Takashi Yamazaki, projet pour les plateformes et 37ᵉ film de la franchise, a créé la surprise en devenant un succès international en salles – alors que le film bénéficiait d’un budget riquiqui. Oui, le monstre atomique bouge encore!
En France, quel est notre rapport aux kaiju eiga (films de grands monstres japonais)?
C’est le kaijiu eiga qui a permis à la France de découvrir le cinéma japonais, pas les grands cinéastes classiques. Quand Rashomon d’Akira Kurosawa sort en France en 1952, il fait 200 000 entrées; Godzilla, qui est distribué quelques années plus tard, attire 800 000 spectateurs. Sans compter toutes les anciennes colonies françaises, où le kaiju eiga a fait fortune. La première fois que nous avons vu Tokyo au cinéma, c’était pour voir la ville se faire piétiner par un monstre géant! C’est réellement le cinéma de genre qui nous a familiarisé avec le cinéma asiatique. Aujourd’hui, ce sont ces films-là qui bénéficient de la littérature la plus abondante, pas les films de Mizoguchi (que j’adore, hein). La bible de Fabien Mauro (Kaiju, envahisseurs et apocalypse: L’âge d’or de la science-fiction japonaise, Aardvark Éditions) a dû rapidement être réimprimée, quelques mois après sa sortie. Le kaiju eiga représente une histoire alternative du Japon d’après-guerre, une histoire chaos.
Mais pourquoi Godzilla est-il si méchant?
Il l’est aujourd’hui, et dans le film original de 1954. C’est un monstre en colère, un monstre né de l’atome, qui crache du feu radioactif sur le genre humain. Mais la Toho, le studio qui a produit le film original de Ishiro Honda, va vite comprendre que leur créature peut faire vendre des peluches et des autocollants. Aussi, Godzilla devient un monstre gentil, comme Casimir, à partir de 1964. Il devient l’ami des enfants, et celui qui nous débarrasse des autres créatures géantes. En 1965, on assiste même à une scène où il danse! Il faut attendre les années 1980 pour retrouver l’esprit original du projet, avec le retour d’un Godzilla bien teigneux. Pour moi, le véritable héros de la saga est Haruo Nakajima, l’homme qui a incarné le monstre pendant vingt ans, dans un costume de 90 kg – costume dont il ne pouvait pas s’extraire tout seul. C’est lui qui a inventé la démarche de Godzilla, et sa façon de se battre. Pour se préparer au rôle, il a fréquenté les salles de sport, et le zoo de Tokyo. Rep à ça, l’actor’s studio!

