« Le Nom de la Rose » ressort en salles (et c’est un mini-événement)

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Il pourrait paraître curieux que la ressortie du Nom de la Rose sonne comme un mini-événement, alors qu’il s’agit probablement d’un des films les plus diffusés sur nos bonnes vieilles chaînes françaises. Remember lorsque «FR3» (évidemment dans le coup) se bornait à le catapulter en prime-time presque tous les deux ans! Pas un mal, tant cette grosse production européenne fut un trait d’union en son temps: les grandes tentatives, hormis peut-être La reine Margot sur la décennie suivante, n’ont clairement pas autant marqué leur époque (citons à brûle-pourpoint Justinien trouvé ou le Bâtard de Dieu, La passion Béatrice, La révolution française, 1492: Christophe Colomb…) et Le Nom de la Rose reste, à l’heure actuelle, la seule adaptation ciné d’Umberto Eco – on niera gentiment son remake télévisé… bien oublié de toute façon. Une œuvre assez unique qui avait l’audace de toucher un peu à tout avec élégance (du Sherlock Holmes médiéval contaminé par une louche de thriller horrifique, de roman gothique et même de romance) et surtout dans une atmosphère qu’on a jamais oubliée: cette grande tour dans la fange, l’impression d’y être et d’y vivre, de sentir le papier jauni sur les grimoires lourds, l’eau croupie, les vieilles pierres et l’odeur du sang.

Son défilé de gueules tordues, inqualifiables, entre Ron Perlman en freak polyglotte qui parle toutes les langues en même temps (!!), Michel Lonsdale fort vexé, Volker Prechtel échappé d’une toile de Bosch, Elya Baskin et sa tête de rat, F.Murray Abraham plus méchant que tous les méchants ou ce décharné de Feodor Chaliapin Jr qui a passé son temps à rejouer plus ou moins le même rôle de gardien maudit (coucou Inferno et Sanctuaire!). Pour toute une génération, c’est aussi le souvenir ému de Christian Slater, petit moine pâle perdant sa virginité avec la souillon du village (la belle chilienne Valentina Vargas), surgissement érotique inattendu qui causa bien des montagnes russes aux gosses qui ont découvert le film à la dérobée, ou pire, avec papi et mamie… On ne pourra pas enlever que la lubricité de Annaud (la découverte des multiples positions sexuelles dans La guerre du feu, les ébats de L’amant ou l’étreinte en public dans Stalingrad) manque parfois un peu dans un cinéma de plus en plus timoré…

Ballet de plumes bien taillées (Eco bien sûr, mais aussi l’apport de Andrew Birkin ou de Gérard Brach); score daté mais très émouvant de James Horner; soin absolu des images poussiéreuses et humides où se sont vu voltiger Dante Ferreti (aux décors) et Tonino Delli Colli (à la photo) qui avaient alors travaillé avec les plus grands cinéastes italiens; voyage macabre sous la bure des moines, que le cinéma a volontiers délaissé au profit des bonnes sœurs; flegme impeccable et intrusif de Sean Connery, coups de coude à Notre-Dame de Paris (les personnages de Ron Perlman, Valentina Vargas et de F.Murray Abraham semblent être des incarnations perdues de Quasimodo, Esméralda et Frodo)… on pourrait continuer l’énumération, on aime tout ici. Et on est même heureux de voir la splendide affiche de Philippe Druillet conservée pour la ressortie, tempête de couleurs folles emplies de détails somptueux. Et puisqu’il faut le redécouvrir, autant profiter à nouveau de sa conclusion, peu citée étrangement, donnant bien sûr tout son sens au titre et laissant le spectateur barbouillé de larmes: «Je ne savais, ni jamais, je ne sus son nom…». J.M.

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