[JIA MINEUR] Soyons clairs: un film mineur de la part d’un cinéaste majeur vaut mieux qu’un film majeur d’un cinéaste mineur. Enfin, dans la plupart des cas. Ce film de bandits dans lequel JZK retrouve sa muse actrice fétiche (Zhao Tao) était attendu comme le loup blanc chez nous. Et si on l’aime beaucoup beaucoup, on ne l’aime pas autant que A touch of sin (son chef-d’oeuvre) et Au-delà des montagnes (son mélo qui faisait pleurer à chaudes larmes). Pour faire court, il s’agit d’une histoire d’amour gangster sur deux décennies. Une fille de mineurs est amoureuse d’un chef de gang. Quand une bande rivale attaque son amant, elle n’hésite pas à ouvrir le feu, ce qui va la conduire en prison. À sa sortie, restée fidèle aux valeurs de la pègre, elle part à la recherche de celui qu’elle a aimé et aime toujours. Et se prend une terrible désillusion en pleine gueule.
Derrière le genre, Jia Zhang-Ke continue de sonder les effets du temps qui passe, qui court et qui nous rend sérieux. Faux film de gangster (en dépit d’un climax sanguinolent vraiment trippant) et vrai film du couple cafardeux, Les Éternels possède incontestablement de réels éclairs de génie. On retrouve tout ce que l’on aime chez lui (l’action qui se déroule sur des décennies, la tristesse d’un bonheur révolu, les visions d’un autre monde etc.) et, en vantant cette qualité, on pointe du doigt la faille de ce nouveau JZK: c’est presque le problème de céder à cette simple reconnaissance de figures stylistiques et de s’en contenter. On attend de JZK qu’il nous montre de quoi le cinéma de demain sera fait (ce qu’il faisait dans A touch of Sin et Au-delà des montagnes, pas tellement ici). Bizarrement, il n’y a pas l’ampleur ni l’évidence de ses derniers films qui possédaient cette dimension mélancolique et désabusée sur le temps qui passe etc. mais aussi donnaient lieu à la sidération et à de l’émotion. Ici, il y a un côté maxi best-of, tenant presque de l’académisme, qui en prive un peu l’accès. Tout ce que l’on y voit est souvent bien donc, comme cette fin terrible ou cet éclair de violence qui scinde le film, le stoppe presque. C’est au-dessus du tout-venant cinématographique actuel parce que ça reste du pur cinéma mais c’est niveau sans plus. Car, oui, de la part de ce cher JZK, on attend plus, surtout sur une durée avoisinant 2H30…
JEAN-FRANCOIS MADAMOUR


![[LE MALIN] John Huston, 1979](https://www.chaosreign.fr/wp-content/uploads/2019/02/MALIN-FILM-1068x599.png)