« The soiled doves of Tijuana » de Jean-Charles Hue: un doc hanté

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Familier de Tijuana où il se rend périodiquement depuis une quinzaine d’années, Jean-Charles Hue y a tourné plusieurs films, dont le long-métrage de fiction Tijuana bible, avec Paul Anderson (2019). Il a pu suivre l’évolution de la ville frontalière qui pendant des décennies avait servi de défouloir aux Nord-Américains, jusqu’au 11 septembre 2001. Brusquement vidée de ses touristes, la ville a repris son identité, tout en gardant des traces de ses excès passés. Hue s’est intéressé à l’un de ses quartiers les plus pauvres, la Zona Norte, concentrant son attention sur quelques femmes qui y ont trouvé refuge. Le titre (les «colombes souillées») fait référence à l’appellation utilisée pour désigner les prostituées pendant la conquête de l’ouest, mais le cinéaste les appelle «les dames en blanc» parce qu’elles portent souvent un vêtement ou un accessoire blanc, comme pour montrer qu’il leur reste une part de candeur, malgré les dégâts souvent irréparables qu’elles ont subis. La plupart sont des prostituées, de tous âges, et, ce qui va de pair, toxicomanes.

Avec beaucoup de douceur et de naturel, le cinéaste amène les plus loquaces d’entre elles à évoquer leur vie, les filmant dans leur environnement habituel, et en appliquant parfois de discrets effets de mise en scène. Il a notamment une façon particulière de mettre en valeur les rares trésors qu’il leur reste. Il suffit d’une guirlande lumineuse disposée en arrière-plan et filmée avec un objectif à faible profondeur de champ, pour donner un air non pas de fête, mais de sérénité propice à la confidence. Les personnes s’y révèlent tellement abîmées que le résultat aurait pu paraître déprimant si le cinéaste n’avait su trouver le regard juste pour les approcher. Et surtout, il arrive à exprimer une forme d’espoir, de grâce et de transcendance. Ce n’est pas un hasard si ces femmes évoluent à proximité d’églises ou de centres d’aide. Manifestement, elles y trouvent un soutien matériel sous forme de repas et de vêtements, mais aussi une aide spirituelle. Comme si, malgré le fait que la plupart d’entre elles vivent dans un état de dépendance apparemment incurable, elles s’accrochent à la croyance en un principe transcendant qui leur donne la force ou l’espoir de continuer. G.D.

6 décembre 2023 en salle / 1h 22min / Documentaire
De Jean-Charles Hue
Scn Jean-Charles Hue

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