[SEXTOOL] Fred Halsted, 1975

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Les fleurs d’abord, les insectes bourdonnants, le tout et le rien: un Éden où il fait bon de baisser son froc. Puis la ville, les planchers qui craquent, les mains qui font mal, qui attachent, qui tapent. C’était l’abstrait programme de L.A Plays Itself, qui explorait les deux extrêmes de la sexualité gay, et par là même les deux faces (pas franchement) cachées de son auteur, Fred Halsted, qui plongeait le spectateur dans le cambouis dans son tout aussi mythique Sex Garage. Et après ça? La synthèse? La cerise sur le gâteau? Sans aucun doute avec Sextool, qui ferait fuir à coup sûr tous les coquinous vanilles de la planète: « use/abuse everything/everyone » scande l’affiche; inutile d’aller chercher les scènes interdites et imaginaires d’un bien gentil Cruising, puisqu’elles sont probablement toutes là.

Guidé par Gloria, trans-fairy que rien n’atteint, un moustachu curieux découvre les vices qui agitent les hommes qui aiment les hommes au détour d’une soirée lors de laquelle il trouverait bien, à son tour, un partenaire de jeu. Un prétexte idéal pour Halsted d’étaler une myriade de fantasmes brutaux au détour de longues vignettes intenses, qui feront fermer les yeux aux moins avertis. Un garçon chevelu taille des pipes à un groupe de pimps, un marin connaît les joies de la tournante sur un lit nu, une drag-queen observe le rituel d’un maso de passage, un autre se plaît à être humilié par des flics… Il est évident que Halsted a quelque chose du Kenneth Anger qui aurait franchi le cap du X: à certains moments, on a l’impression de voir la caméra de Scorpio Rising continuer à tourner pour nous montrer enfin ce que font VRAIMENT ces voyous de cuirs et de chaînes.

Gaillard buriné et peu commode, Halsted affirme plus d’une fois son rôle de maître de cérémonie: dans la scène d’intro hallucinante, on le voit surgir d’une nuit de pourriture, avant que le changement d’angle dévoile la supercherie; nous sommes en réalité en plein jour, piégés dans un tunnel, et Fred ne nous laissera pas sortir. Bien plus tard, on le reverra en boxeur se laissant lécher les plaies, avant de couvrir son twink de service de coups de talons et de pisse. Glauque? Sordide? À vous de voir, mais le consentement de ces messieurs n’est pas à revoir. Pas si bourreau, Halsted laissera même son personnage principal vivre un ultime moment de douceur, sans insultes ou bourre-pifs. Car tout n’est pas S, tout n’est pas M. En ces temps de pudibonderies (au cinéma comme dans les pride), la radicalité toute-puissante de Halsted a quelque chose de proprement terrassant et d’infiniment troublant. J.M.

Réalisation : Fred Halsted
Année : 1972
Origine : États-Unis
Durée : 115 min.

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