Christine Angot n’aime pas « L’été dernier » de Catherine Breillat et vous le fait savoir

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Sur France Inter, l’écrivaine Christine Angot a tancé, dans un virulent billet culturel, L’été dernier, le conte provocateur sur une belle-mère incestueuse signé Catherine Breillat, dénonçant une « esthétisation de l’inceste »

On la disait assagie, elle demeure à jamais la reine du scandale. Catherine Breillat, qui a toujours défié les conventions et abordé crûment les questions de sexualité et des rapports entre hommes-femmes, s’est voulue une fois de plus subversive avec L’été dernier, son remake (finalement assez controversé) d’un film danois de 2019, dont elle a confié le rôle principal à Léa Drucker. Breillat, qui a souvent filmé la sortie de l’adolescence, y fait cette fois le portrait d’une femme accomplie, qui semble avoir réussi sa vie: Léa Drucker incarne une avocate spécialisée dans la protection des mineurs, confrontée à l’arrivée au foyer du fils de son mari, issu d’une précédente union et tout juste adolescent. Entre l’ado d’abord hostile, joué par Samuel Kircher, et sa belle-mère, une relation charnelle intense va se nouer, au nez et à la barbe du père (Olivier Rabourdin) et des fillettes qu’ils ont adoptées. Comme emportés par la fougue de leurs étreintes, les amants vont prendre de plus en plus le risque d’être découverts. Si la vérité éclate, dans ce milieu extrêmement bourgeois, la vie de l’avocate risque de s’effondrer. Entre mensonge et manipulation, cette femme, chez qui les blessures du passé affleurent, est prête à tout pour l’empêcher. Le jeune garçon, quant à lui, est indéchiffrable: est-il inconscient, fou amoureux, ou bien manipulateur, cherchant à nuire à sa belle-mère? Il n’est dans le film guère question de sa capacité à consentir, malgré son âge et la figure d’autorité que représente la belle-mère.
Christine Angot, qui a vu le long métrage, était invitée à donner son point de vue sur celui-ci (encensé par la presse, y compris chez nous) dans un billet culture sur France Inter. D’emblée, elle déplore l’écart entre la réception médiatique du livre de Camille Kouchner, La Familia grande, qui révélait l’inceste commis sur son frère par Olivier Duhamel, le mari de leur mère, et celle du long métrage de Breillat: « Deux ans après, les mots ont complètement changé. Dans les médias et les journaux, on n’entend plus emprise, inceste, agression, horreur, prison, justice, délai de prescription. On entend désir, amour, passion, jeunesse, insouciance. » Et assimile le film de Breillat à une « esthétisation de l’inceste ».
Elle poursuit au micro de France Inter: « Dites-le que les beaux-enfants n’ont pas droit à la protection de l’interdit de l’inceste. Ni les enfants adoptés. Ni les enfants en général, allez, dites-le. Soyez cohérents. Mais à ce moment-là, ne vous mettez pas dans tous vos états pour l’affaire Kouchner. Ne nous embrouillez pas« .
L’écrivain se disait « prête à aimer le film pour sa beauté, sa forme »: « Je l’ai aimé jusqu’à ce que je lise l’interview de la cinéaste dans le dossier de presse. Les mots ‘amour, désir, insouciance’, et après elle fait un coup de menton, ‘les ayatollahs ne passeront pas’. Insouciance? Insouciance, l’inceste? Insouciance, la perversion? Dans ce cas, il fallait faire un plaidoyer sur l’inceste, plutôt que de nous laisser, nous, les spectateurs, dans cette espèce de malaise, de gêne, pour vous aider à jouir, sur notre dos, comme si on faisait partie de cette famille et qu’on n’osait rien dire ».
Plus qu’une distinction fiction (le film de Breillat)/réalité (le livre de Kouchner), Angot questionne avant tout la réception médiatique de l’obscénité et notre regard sur le tabou. À en croire les réactions de certains auditeurs, le malaise semble bel et bien partagé. T.A.

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