Après l’eau dans Ondine (2020), Christian Petzold traite le feu dans ce deuxième volet d’une possible trilogie sur les éléments. Mais alors que le précédent baignait dans une atmosphère intemporelle de conte de fées, celui-ci est plus délibérément ancré dans le présent, avec ses personnages en quête d’eux-mêmes et de leur avenir. Il y a aussi une dimension littéraire dans la démarche des protagonistes en quête d’un récit, fût-il tragique.
Après un pré-générique rythmé par une ritournelle pop hypnotique dont les paroles (In my mind de Wallners) suggèrent que tout est dans la tête, le film commence par la panne de voiture en pleine forêt de deux amis en route vers la maison où ils ont prévu de passer des vacances studieuses. Tandis que Felix part à pied reconnaître le chemin (la maison dans laquelle ils se rendent appartient à sa mère), Léon reste seul et prend peur en écoutant les bruits de la forêt. On dirait le début d’un film d’horreur, et ce n’est pas totalement par hasard, sachant que Christian Petzold a tourné sur les bords de la Baltique, tout près de là où Murnau a filmé Nosferatu. Mais le film révèle autre chose, à un rythme calqué sur celui de Leon, dont on adopte le point de vue.
S’il est renfermé sur lui-même, c’est parce qu’il est obsédé par une chose: terminer son deuxième roman au cours de ce séjour. Pour le stresser encore un peu plus, il découvre qu’ils doivent partager la maison avec Nadia (Paula Beer, pour la troisième fois chez Petzold), qui a loué une chambre. Bientôt le groupe est rejoint par l’amant de Nadia, dont les ébats nocturnes perturbent le sommeil de Léon. Petzold prend son temps pour révéler par petites touches des informations sur chacun des personnages, dissipant progressivement les préjugés et illusions qui encombrent Léon. Son aveuglement et sa façon de comprendre les choses à retardement sont joués sur le mode comique, jusqu’à ce qu’il découvre que Nadia n’est pas la bimbo écervelée qu’il s’imaginait. Avec un mélange de bienveillance et de cruauté, elle entame avec lui un jeu qui va surtout l’aider à se trouver lui-même.
Au-delà de l’étude des difficultés de la création littéraire et des leçons qu’en tire Leon, Ciel rouge fait plus généralement le portrait d’une génération contemporaine qui s’implique avec plus ou moins de générosité. Le titre vient de la menace représentée par les feux de forêts qui ravagent la région, mais dont les habitants de la maison se croient à l’abri «parce que le vent vient de la mer». En plus de sa valeur symbolique et prophétique, ce contexte est en phase avec les questions qui se posent de plus en plus sur nos rapports avec l’environnement. C’est aussi un film sur la nature tragique de l’amour, comme le suggère Nadia lorsqu’elle récite un poème de Heine sur un peuple de gens qui meurent quand ils aiment. Et si la nature de l’histoire est très littéraire, Petzold l’a très subtilement traduite en image et en sons, jouant avec l’espace pour exprimer la différence entre l’univers intérieur et extérieur. Il joue avec le temps aussi, pour distinguer le passé du présent, et c’est particulièrement efficace à la fin, lorsqu’il nous fait comprendre que le texte en train d’être lu en voix off est le nouveau roman que Léon a écrit d’après l’expérience qu’il a vécue. La chanson du début peut clore. C’est juste l’état d’esprit qui a changé. G.D.
6 septembre 2023 en salle / 1h 42min / Drame, RomanceDe Christian Petzold Par Christian Petzold Avec Thomas Schubert, Paula Beer, Langston Uibel Titre original Roter Himmel |

6 septembre 2023 en salle / 1h 42min / Drame, Romance