Le too much chaos « Perrault 70 » de Jacques Samyn décrypté par Pascal-Alex Vincent

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C’est au Festival de La Rochelle que Pascal-Alex Vincent, excellent documentariste et cinéphile aventureux, a pu découvrir une bizarrerie: Perrault 70. Un téléfilm improbable réalisé par Jacques Samyn et incarné par Pierre Richard, tellement au-delà du bien et du mal que c’est au-delà du chaos. Point de vue.

Le festivalier lambda a tendance à vouloir découvrir ce qu’il connaît déjà (c’est mon cas), le festivalier égaré peut parfois faire de mémorables découvertes. L’hommage à Pierre Richard proposé par le FEMA offrait l’opportunité de voir sur grand écran Perrault 70, téléfilm tourné la même année que Le distrait (1970), et œuvre si méconnue que même le principal intéressé n’en aurait, paraît-il, aucun souvenir. Il faudra toute la sagacité de Gautier Roos, dépêché sur place par ses deux maisons (l’INA + le site que vous lisez en ce moment-même), pour nous présenter cette curiosité totalement chaos – mais néanmoins historique.
Historique, car, sur le modèle du Mary Poppins sorti par les studios Disney six ans plus tôt, ce projet ambitieux mélange animation et prises de vue réelles. Une première non seulement en France, mais aussi en Europe.
Chaos car le résultat final, en roue libre, dépasse l’entendement.

Après un laborieux prélude chorégraphié qui n’a rien à voir avec l’intrigue, les deux héros (Thalie Frugès et Pierre Richard, donc) se retrouvent projetés dans une forêt enchantée où les attendent les plus célèbres personnages de l’univers de Charles Perrault. Et, là… le scénario, incompréhensible, part dans tous les sens, avec des chansons dont l’utilité restera à jamais un mystère, tant elles semblent déconnectées du projet. La Belle au bois dormant, le petit Chaperon rouge et le petit Poucet répondent certes à l’appel, et le Chat Botté, devenu homosexuel (c’est d’ailleurs pour ça qu’il porte des bottes), emmène, façon fusée, Pierre Richard au septième ciel. Ni pour les enfants (trop cryptique), ni pour les adultes (pas assez psychédélique ni transgressif), Perrault 70 ne dépasse jamais son statut de curiosité, où pourtant le corps élastique de Pierre Richard fait des merveilles. Réalisée par Jacques Samyn, cette comédie musicale bénéficie du talent de Pierre-André Dousset, auteur des immortels «Sans chemise, sans pantalon» (Rika Zaraï) et «Téléphone-moi» (Nicole Croisille), mais dont l’inspiration semble s’être ici diluée dans la dimension chaos de l’entreprise.

Tout n’est cependant pas à jeter dans ce Perrault 70: la grande ambition de ce téléfilm qui a nécessité deux ans de travail est récompensée par la réussite formelle de sa proposition (acteurs projetés dans du cinéma d’animation), qui n’a rien à envier à ce que Hollywood avait produit jusque là, de La mélodie du Sud (1943) à Mary Poppins (1964), en passant par Escale à Hollywood (1945), qui voyait Gene Kelly danser avec Jerry la souris. Une raison suffisante de se réjouir de cette programmation du Fema, et de chanter la gloire de Pierre Richard. P.A.V.

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