« Black Mirror 6 »: Charlie Brooker de plus en plus dépassé par sa série

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On avait un petit espoir après la calamiteuse cinquième saison que Charlie Brooker et sa série culte diffusée sur Netflix rectifient le tir et retrouvent l’inspiration visionnaire des débuts. Mais notre époque est devenue plus folle qu’un simple épisode de Black Mirror.

Presque quatre ans sans Black Mirror. On ne peut pas réellement dire que la série nous a manqué tant la vraie vie a pris le relais. À l’instar de Trey Parker et Matt Stone qui avouaient depuis l’élection de Trump que le grotesque de l’actualité avait pris le pas sur leur satire de South Park, on se demandait si Brooker n’avait pas envie de poser sa plume de dépit. Suffit de voir l’explosion maladive des IA ces derniers mois, le flop des NFT, la tentative de Metaverse à deux balles, la folie Tik-Tok, les deep fake en pagaille… a t-on finalement besoin d’un coup de Black Mirror pour enfoncer le clou? Pour Brooker et Netflix, manifestement, oui… Netflix devenu d’ailleurs à la fois le sauveur et le fossoyeur de la série, augmentant budget, stars et épisodes, avant de finir par laisser le show exsangue. À ce titre, qui se rappelle de la (très ratée) saison 5?

En guise de mise en bouche pour cette nouvelle virée hostile, on commence cette sixième saison avec Joan is Awful (une copine de Beau is Afraid?), qui met en scène une patronne maladroite et pas très heureuse en ménage, voyant ses faits et gestes télescopés dans une série «streamberry» (une parodie de Netflix), qui ne cesse de recracher ses journées les plus quotidiennes avec Salma Hayek en tête d’affiche. Un Truman Show gentiment trash et cringe, multipliant les twists à tiroir jusqu’à épuisement, et s’amusant à pointer du doigt le grand N et la montée angoissante des IA. Du meta en-veux-en-voilà dont le calcul, cynique et autosatisfait, finit par vite agacer…

Plus bizarre, Loch Henry montre un gentil couple visiter un coin paumé d’Écosse pour les besoins d’un doc. Leur vient alors l’idée de réorienter leur reportage vers un true crime de bonne famille, quand ils apprennent que la région a abrité un serial-killer. Il faudra attendre la pirouette finale pour comprendre où le fameux «Black Mirror spirit» se dissimule, toujours avec une forme de malhonnêteté assez crispante. Malgré un sujet éminemment spooky, la sauce ne prend pas complètement. Et ça ne s’arrangera pas par la suite… Retour plus sûr vers la science-fiction dystopique avec Beyond the Sea, qui se déroule quant à lui au cours d’une année 1969 alternative, où l’on a trouvé un moyen pour que des astronautes puissent exercer leur devoir dans les étoiles tout en continuant à avoir une vie de famille à quasi-plein temps: en l’occurrence, par le biais d’une technologie permettant à un alias synthétique de faire la liaison entre l’espace et la terre. Pas mal. Mais que se passe-t-il lorsque le corps de substitution vit un drame irréversible? La question et le concept sont probablement fascinants, le casting beaucoup moins (Josh Harnett et Aaron Paul: oksouuuuuuur). De la froideur très artificielle de la mise en scène aux saillies glauques, la tentative de renouer avec les racines les plus noires du show ne prend pas du tout. Et la surutilisation de «hits» franchouillards (Brel et Trenet à toute berzingue, pitié) n’aident décemment pas….

Déboulant quant à lui dans les années 2000 (où même la vision d’un IPOD tient de la coquetterie vintage: help), Mazey Day et sa paparazzi déchue à la poursuite d’une star en fuite se paye un virage monumental. Et pour cause, pas question de SF ici, mais bien une tambouille à la fois horrifique et surnaturelle. Une sorte de «Tales of Mirror Crypt» si l’on peut dire, tentant de raccrocher les wagons avec les thèmes phares de la série en tirant sur le voyeurisme ou la morbidité des médias… Maigre hélas. On pourrait se réjouir de son nihilisme mais rien n’y fait. On se demande encore après coup qu’est-ce que le machin, une fois de plus bien longuet, fait là.

Même refrain ou presque pour Demon 79, bien décidé à faire des brasses dans un vintage porn outrancier: sous ses allures de film d’horreur des années 70, se cache plutôt une comédie bien noire où une vendeuse immigrée à la vie chafouine voit soudainement un sexy démon exploser son quotidien, lui quémandant au passage trois sacrifices humains! C’est toujours aussi peu finaud, un peu trop étiré pour son propre bien, parfois très déjà vu (du motif de «l’ami imaginaire» ou du tueur amateur, jusqu’à la réinvention thatcherienne de Ma vie est un enfer de Josiane Balasko!), mais il s’agit probablement du seul segment à conserver un véritable capital sympathie, jusqu’à son final réjouissant (rappelant là encore un autre film que l’on ne citera pas).

Pour son sixième coup de massue, Black Mirror confirme bel et bien une chose par cette drague éhontée (et sans grande inspiration) du cinéma d’horreur: il est temps pour Charlie Brooker de passer à autre chose. J.M.

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