« Tu aimes bien être seule chez les autres, on dirait »… Nancy, début de l’été… Sophie, dite Fifi, 15 ans, jouée par Céleste Brunnquell, est coincée au sein d’un HLM trempant dans une ambiance familiale chaotique (avec les marmots qui braillent et les disputes recouvrant le tapage d’une télé toujours allumée, on pourrait croire à une version soft du début de Petite nature). Quand elle croise par hasard son ancienne amie Jade, sur le point de partir en vacances, Fifi suit son instinct et chipe en douce les clefs de sa jolie maison du centre-ville, évidemment désertée pour l’été. Alors qu’elle y prend ses quartiers et s’y fait couler un bain, elle tombe sur Stéphane, 23 ans (Quentin Dolmaire), le frère aîné de Jade, étudiant solitaire rentré plus vite que prévu à la casa avec l’intention de gagner un peu de sous en effectuant à la maison d’estivales mises sous pli. Au lieu de la chasser, Stéphane lui laisse porte ouverte et l’autorise à venir se réfugier là quand elle veut…
Do believe the hype autour de ce premier long-métrage récompensé à Saint-Sébastien et à Angers, bien loin de se résumer à une simple peinture de deux milieux que tout oppose: comme Astrakan de David Depesseville découvert plus tôt cette année (où l’on retrouvait déjà des acteurs de Brisseau, ce qui n’est évidemment pas un hasard!), voilà un film qui donne toute sa place aux silences vaporeux, aux regards jetés à la dérobée, aux badinages incertains dont on ne sait pas vraiment s’ils vont aboutir sur quelque chose d’amoureux ou non (ce qui est probablement la plus parfaite définition qui soit du « sentiment de l’été »)… Quelque chose de gracieux souffle sur ce film dans lequel on boit de la Kro affalé sur le canapé et où on trouve de beaux stratagèmes pour dévaliser le buraliste du coin. Mention spéciale au Dolmaire, désopilant gosse HEC-admissible privilégié, mais déjà revenu de tout, qu’on pourrait étiqueter de « flamboyant désabusé » (un genre de personnage qui fait des merveilles en ce moment dans le cinéma français, comme vous le verrez bientôt dans La fille de son père d’Erwan Le Duc): «Les amis qui ont changé, on le regrette un peu… Et ceux qui n’ont pas changé… ce n’est pas mieux». Après Chien de la casse, voici donc un autre film français sorti de nulle part que les dévoués lecteurs de ce site se doivent d’aller soutenir en salle! G.R.
14 juin 2023 en salle / 1h 48min / Comédie dramatiqueDe Jeanne Aslan, Paul Saintillan Scn Jeanne Aslan, Paul Saintillan Avec Céleste Brunnquell, Quentin Dolmaire, Ilan Schermann |

14 juin 2023 en salle / 1h 48min / Comédie dramatique