Le pitch, capitano? À bientôt 70 ans, Giovanni, cinéaste italien renommé, s’apprête à tourner son nouveau film: l’intrigue-épopée prend place en 1956, au moment où le puissant Parti Communiste Italien prend ses distances avec Moscou (conséquence directe de l’entrée des chars dans Budapest). Mais entre son couple en crise (sa femme Margherita Buy préfère produire le navet d’un jeune cinéaste pas très bressonnien plutôt que de travailler à nouveau avec lui…), son producteur français au bord de la faillite (Matt’ Amalric qui fait de la trottinette électrique et qui parle italien) et sa fille qui le délaisse, tout semble jouer contre lui. Toujours sur la corde raide, Giovanni va devoir repenser sa manière de faire s’il veut mener tout son petit monde vers un avenir radieux…
Super Nanni. Au dernier Festival de Cannes (duquel il est revenu bredouille), le dernier Nanni Moretti a quelque peu divisé ses premiers spectateurs: d’un côté, ceux qui estiment qu’il a bouffé du lion et qu’il est de retour avec une comédie woody-allenienne sauce bolo; de l’autre, ceux qui ont trouvé ce spectacle méta atrocement compassé, observant les tribulations d’un vieux cinéaste n’ayant rien de mieux à faire que de dégueuler à la tronche dudit spectateur sa haine des nouvelles générations. Eh bien, on est plutôt acquis à la cause du premier camp.
Pas vraiment au diapason de l’époque, Vers un avenir radieux a quelque chose de très cinglant à dire sur la liquidation de toute une époque: dans une scène hilarante au tout début du film, un trentenaire en chemise Uniqlo découvre avec stupeur qu’il a existé des communistes en Italie, et persiste à penser qu’ils étaient nécessairement exilés de Russie… Le film a quelque chose du pudding sursignifiant (le spectre musical de Fellini est partout présent, les scènes de piscine ne peuvent que ressusciter un peu mécaniquement la première carrière du père Moretti…) et pourtant son côté premier degré fonctionne à plein: dans une scène où le cinéaste est contraint de quémander de l’argent à des executives de Netflix en col blanc, Moretti rhabille l’industrie du « contenu » – qui alimente en divertissements pas jolis jolis la bagatelle de 190 pays – pour l’hiver.
Certains trouveront le morceau totalement indigeste, d’autres demanderont, comme nous, comment décemment lui donner tort? Moretti s’offre même une révision historique tarantinienne en son dernier segment: comme au temps des comédies saumâtres à l’italienne avec des Ugo Tognazzi tous décatis et des amis « monicelliens » jouant aux gosses avant l’inéluctable trépas, ce film-là a quelque chose du chant du cygne, déposant un petit goût amer au niveau du palais. C’est peut-dire qu’on aime plutôt ça. G.R.
28 juin 2023 en salle / 1h 36min / Comédie dramatique, Drame, ComédieDe Nanni Moretti Par Francesca Marciano, Nanni Moretti Avec Nanni Moretti, Margherita Buy, Silvio Orlando Titre original Il sol dell’avvenire |

28 juin 2023 en salle / 1h 36min / Comédie dramatique, Drame, Comédie