« Anatomie d’une chute » de Justine Triet, palme d’or du 76e Festival de Cannes

0
2166

La Française Justine Triet a remporté la Palme d’or à Cannes pour Anatomie d’une chute, devenant la troisième réalisatrice sacrée de l’histoire du Festival. La cinéaste de 44 ans succède à Jane Campion (La leçon de piano, 1993) et Julia Ducournau (Titane, 2021), confirmant le lent mouvement vers l’égalité dans une industrie du cinéma historiquement dominée par les hommes. Plutôt que de revenir sur la polémique qui a, du coup, noyé la récompense, voici ce que nous avons pensé de ce film, en salles le 23 août.

Le voici, le film qui met enfin un peu d’unanimité sur la Croisette et donc dans le Palmomètre Chaos de cette édition. Il faut dire qu’Anatomie d’une chute atteint une certaine densité, bien plus périlleuse que les anciens opus de la cinéaste, dont l’humeur était un peu moins morose. Le film suit Sandra, qui vit à la montagne avec son mari Samuel et leur fils malvoyant, Daniel. Un jour, alors que le petit Daniel en lunettes de soleil rentre au chalet après avoir sorti le chien, il tombe sur le cadavre de son père, chuté telle une pomme de Newton au pied de sa demeure. Une enquête s’ouvre et à partir de là, l’enjeu du film s’avère aussi simple que limpide pendant deux heures trente: s’agit-il d’un accident, d’un suicide, ou d’un meurtre? La pauvre Sandra Hüller, à peine remise de The Zone of Interest de Jonathan Glazer, lui aussi en compétition et récompensé très haut d’un Grand Prix, va en tout cas devoir comparaître sur le banc des accusées, dans un rôle que le spectateur va avoir bien du mal à saisir à travers des œillères morales. C’est un ami de longue date (joué par Swann Arlaud), avocat de profession, qui prend en charge le dossier, sans lui-même avoir de certitude sur le cas qu’il s’apprête à défendre. L’audience va remonter dans les tréfonds les plus intimes de la vie de Sandra, le film étant de l’avis même de son auteure « un prétexte pour entrer dans le cerveau d’une femme et de sa vie ».

Le long métrage, bulle mentale tenue d’une main de maître, est de ce point de vue une incroyable réussite, en même temps qu’une habile rampe de lancement pour des acteurs tous tournés vers le mont Olympe: voici déjà le cast le plus brillamment dirigé de la compèt (même Samuel Theis, qu’on ne connaissait pas dans ce registre, est excellent). Une réussite qui tient aussi grâce à l’humeur du film, assez sèche et intentionnellement premier degré, afin de coller au plus près de l’enquête – qui déchire quand même une famille au passage, ou plutôt ce qu’il en reste – traversée par d’élégantes trouvailles comiques (l’utilisation de Siri pour un motif absurde ici, l’apparition furtive, au milieu d’un plateau à la C ce soir, d’un Arthur Harari jouant les intellectuels médiatiques ne reculant devant aucune honte…) Un sentiment d’apnée sourde se détache dans ce film où, c’est assez rare pour le souligner, on peine à trouver des faiblesses. G.R.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici