« Caligula – the ultimate cut »: les (vraies) coulisses du péplum X de Tinto Brass

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Présenté à Cannes Classics, Caligula – the ultimate cut revient des enfers 40 ans après sa sortie originale par la grâce de Penthouse Films International, présentant un tout nouveau montage avec une quantité sans précédent de séquences inédites. En d’autres termes, aucun plan du film d’origine n’a été utilisé, ce qui fait de Caligula – The Ultimate Cut, un long métrage inédit. Mais cet ultimate cut est-il si ultime?

Caligula, c’est ce péplum zinzin des années 70 racontant comment après avoir assassiné l’empereur Tibère (Peter O’Toole), son petit-fils adoptif Caligula (Malcolm McDowell) s’empare du pouvoir et entraîne l’Empire romain dans sa folie à travers des actes de violence, de luxure et d’humiliation. Du pur concentré chaos qui déborde déraisonnablement de partout, dans une avalanche de grandiose mauvais goût. On a beaucoup glosé par le passé sur les différentes versions de ce long métrage et sa résurrection au Festival de Cannes permet de remettre de l’ordre dans nos fantasmes – ce que le dossier de presse, extrêmement bien fichu, fait très clairement. Commençons par l’aspect financier, c’est l’Américain Bob Guccione, fondateur de Penthouse, qui est derrière ce péplum au-delà du bien et du mal. Son objectif: créer un film porno à gros budget et grand spectacle, à des années-lumière de tout ce qui a déjà pu être fait dans le domaine. Un projet fou ancré dans son époque (les années 70). Pour ce faire, il file le scénario à une tête pensante, en l’occurrence, le romancier Gore Vidal, grande figure de la littérature américaine des années 50 et 60, intellectuel de gauche engagé politiquement. Et pour l’illustrer, une addition improbable avec le réalisateur italien Tinto Brass que l’on adore pour ses délicieux films érotiques, mais qui a a priori autant de connexion avec Gore Vidal que Céline Dion avait le hard-rock. C’est son film de guerre érotique Les Nuits chaudes de Berlin (plus connu sous son titre original Salon Kitty, 1976), qui l’a propulsé chef d’orchestre de cette aberration filmique. Là-dessus, trois acteurs signent, dont Malcolm McDowell (pour le rôle principal) qui, avec Brass, n’adhèrent pas du tout au script cérébral de Gore Vidal. Qu’est-ce qu’ils font? Ils le réécrivent ensemble. Brass soumet les premières modifs à Vidal, qui les rejettent. Premier clash.

Constatant le bordel approcher telle une tempête au loin, Guccione accélère le travail de pré-production. Pas le temps de discuter qu’une date de début de tournage est fixée, donnant à Brass, son assistant, le décorateur et le costumier seulement un mois et demi pour tout boucler (décors, costumes, répétitions…). Une partie du casting des figurants masculins se fait sur la base de la taille du pénis. Plus il est gros (ou grand), plus le figurant a de chance d’être pris, apprend-on. Guccione refuse l’accès du tournage à la presse, les rumeurs bruissent, un chargé des relations publiques est obligé de commenter dans la presse à l’époque qu’aucune scène de zoophilie incluant un cheval n’a été tournée. Le tournage commence fin juillet/début août 1976 et se déroule principalement au Dear Studios, à Rome, là où Brass a tourné Salon Kitty. Le tournage est censé durer 16 semaines et se terminer à la fin novembre. Finalement, il durera 8 semaines de plus. Le premier jour, une figurante se fait attaquer par un matin napolitain – une race de chien qui était notamment utilisé dans les arènes pour combattre les lions. Son bras en sang, elle est rapidement amenée à l’hôpital. Tinto Brass est furieux qu’aucun des cadreurs n’ait pensé à filmer cette attaque. Son but: chercher des réactions réalistes. Lorsqu’une scène d’orgie ne lui convient pas, il monte sur le set et effectue directement un cunnilingus à l’une des «penthouse pet» présente, afin de démontrer ce qu’il souhaite obtenir comme résultat. « Même si Bob Guccione n’était pas un producteur de cinéma typique, vous aviez deux producteurs sur le plateau, Jack Silverman et Franco Rosselini, le neveu de Roberto Rosselini », explique Thomas Negovan, le producteur de Caligula – The Ultimate Cut. « Jack Silverman venait de l’Amérique, des théâtres new-yorkais, des films hollywoodiens. Pour lui, voir sur le set Tinto Brass faire un cunnilingus à une actrice pour lui montrer comment il faut faire, c’était quelque chose qui n’aurait jamais pu se produire dans son monde! ».

La production connaît rapidement des problèmes d’argent et une partie de l’équipe et des figurants ne sont pas payés – ou parfois payés moins que prévu. Vers la fin du tournage, même les acteurs principaux ne reçoivent plus leur paye. Maria Schneider, qui a été sélectionnée pour tenir le rôle de la sœur de Caligula, quitte brutalement le set après un accrochage avec le réalisateur lors d’une répétition. Le tournage prend finalement fin le 31 décembre 1976. En janvier 1977, Bob Guccione accompagné de Giancarlo Lui, un des techniciens du film, retournent sur les décors du film à Dear pour tourner des scènes X supplémentaires avec les «Penthouse pets». Ce même mois, Tinto et Tinta partent pour Londres, où toutes les pellicules ont été envoyées, pour monter le film. Après trois mois de travail, Tinto arrive un matin au studio et se voit refuser l’accès à la salle de montage. Guccione l’a renvoyé et se met alors à travailler sur son propre montage. Tinto Brass intente un procès en Italie contre Guccione afin de garder le final cut du film. Il remporte le procès en 1977, ce qui n’empêche nullement le producteur de poursuivre avec son projet. De son côté, Gore Vidal et Guccione trouvent un compromis: son nom est enlevé du film et il n’apparaît dès lors plus que comme «Adapté d’un scénario original de Gore Vidal». Brass est aussi obligé, deux ans après le procès initial, de trouver un arrangement avec Penthouse et se retrouve dès lors crédité comme «Photographie principale par Tinto Brass». La première diffusion «public» du film se fait durant une projection privée lors du Festival de Cannes 1979. Caligula sort finalement sur les écrans italiens en novembre 1979. En 1981, une nouvelle version, plus courte, sans aucune scène X, est distribuée. En juillet 1985, la version X de Caligula est diffusée sur Canal +, ce qui contribue à un boost au niveau des abonnés. Dès lors, la chaîne va se mettre à diffuser des films pornographiques. Durant les décennies qui ont suivi la sortie initiale du film, de nombreuses versions différentes ont été exploitées aux quatre coins du monde, plus ou moins longues, présentant parfois des scènes jamais vues ailleurs ou offrant un montage différent.

Entre temps, la société Penthouse s’était transformée en une entreprise de plus en plus pornographique et avait changé de mains à plusieurs reprises. Alors qu’il travaillait sur l’Imperial Edition en Blu Ray, Nathaniel Thompson a été autorisé par la société à entrer dans l’entrepôt, mais on lui a dit qu’il ne pouvait disposer que de deux heures. Il a donc pris les bobines qu’il pouvait et certaines de ces séquences se sont retrouvées sur ce vieux Blu-Ray. Dans le numéro de janvier 2020 du magazine Penthouse, il a été annoncé que les documents originaux de Caligula avaient été retrouvés et que Penthouse avait demandé à l’auteur et archiviste Thomas Negovan de produire un nouveau montage du film, conforme au scénario original de Gore Vidal, en l’honneur de son 40e anniversaire: Caligula – The Ultimate Cut. Ce nouveau montage de quasi trois heures a été présenté en avant-première au Festival de Cannes avant une sortie en 2023 via Bac Films.

Pour ce nouveau montage, une restauration unique image par image a été effectuée, éliminant toutes les rayures et tous les dommages. Plus de 90 heures de négatifs originaux ont été scannées en 4K et montées conformément au scénario original. Des angles de caméra complètement différents ont été utilisés. Un paysage sonore entièrement nouveau, tant au niveau de la conception sonore que de la partition, a été créé. La narration, totalement absente de la version de 1980, a été restaurée. Tous les dialogues de The Ultimate Cut sont tirés de références audio enregistrées sur place. Grâce à l’IA et à une technologie audio de pointe, les bruits de plateau et les bruits mécaniques ont été supprimés des enregistrements bruyants, ce qui a permis de sauver des performances en direct de 1976 qui, autrement, auraient été perdues pour l’histoire. Le scénario original comprenait une séquence d’ouverture qui n’a jamais été filmée. Pour Caligula – The Ultimate Cut, elle a été créée pour le générique de début et animée par Dave McKean, dessinateur de romans graphiques et réalisateur de MirrorMask (scénarisé par Neil Gaiman) pour la Jim Henson Company. « Ce montage est donc vraiment destiné aux acteurs« , explique Thomas Negovan qui, loin des querelles artistiques entre Tinto Brass, Gore Vidal et Bob Guccione, a abordé cette nouvelle version d’un œil neutre. « Et je pense que même si vous détestez le film, le cadeau de voir une performance d’Helen Mirren tournée en 1976, que personne n’a jamais vue auparavant, pour moi, cela vaut la peine de passer du temps ici (…) Je pense aussi qu’il s’agit de la meilleure performance de Malcolm. Il était au sommet de sa puissance en tant qu’interprète et, laissé à lui-même, il a dû travailler plus dur pour ce rôle que pour d’autres – et j’adore If et Orange Mécanique, il ne fait aucun doute que ce sont de grands films. Mais ce qu’il a fait ici et qui est si puissant, c’est qu’il était totalement concentré sur l’arc du personnage. »

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