« Disco Boy » de Giacomo Abbruzzese: bien placé pour s’imposer comme le coup d’essai le plus mémorable de 2023

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1972

Pour son premier film, Giacomo Abbruzzese frappe très fort en utilisant à son avantage les prérogatives du débutant, à savoir la conviction et la liberté. Elles peuvent être des armes à double tranchant, mais il s’en sert ici pour raconter avec un style irrésistible une histoire qui brouille les frontières entre le réel et le fantasme. Elle commence en Europe de l’Est avec un car rempli de Biélorusses en route pour assister à un match de foot en Pologne. Deux des supporters ont l’intention de profiter de l’occasion pour prendre la tangente et se rendre en France qu’ils voient comme une terre promise. Mais le chemin est dur et l’un d’eux se noie en traversant une rivière. Aleksei, le survivant, finit par gagner la France et s’engage dans la légion étrangère. Jusqu’ici, à coup de séquences brèves et viscérales, et avec des dialogues réduits au minimum, le film dessine le portrait classique d’un personnage en quête de rédemption. Un homme blessé qui se protège derrière une carapace sans avoir renoncé à rêver, il est magistralement incarné par Franz Rogowski (Freaks out de Gabriele Mainetti), dont le visage est un masque imprévisible et trompeur, tantôt transparent, tantôt opaque. Mais brusquement, le film change de trajectoire et se transporte en Afrique pour évoquer en parallèle d’autres destins, celui d’un frère et d’une sœur qui organisent un groupe de résistance armée dans un village du delta du Niger.

Le hasard va les mettre sur le chemin d’Aleksei à l’occasion d’une opération de la légion pour libérer un otage capturé par les rebelles. Au cours d’une opération hallucinante filmée comme à travers les viseurs à intensification de lumière, Aleksei entre en communication quasi télépathique avec Jomo (le frère) et peut-être sa sœur. Ça n’est pas très clair, mais le manque d’explication est totalement raccord avec l’expérience instinctive d’Aleksei dont les perceptions sont modifiées par l’adrénaline, la peur et l’excitation du combat. Fortement ébranlé par l’épisode (il a assisté à un massacre), Aleksei est rapatrié et au cours d’une permission à Paris, il tombe sous le charme d’une danseuse qui est probablement la sœur de Jomo (qu’il n’a jamais rencontrée, mais qui est jouée par la même actrice). La vie d’Aleksei bascule, confirmant cette connexion surnaturelle amorcée en Afrique, et au cours de laquelle Jomo semble avoir transmis à Aleksei son rêve de devenir le disco boy du titre. Les amis de la pensée rationnelle en seront pour leurs frais, mais le film fonctionne davantage à un niveau sensoriel, utilisant la photo, la lumière et la musique avec une efficacité particulière pendant les séquences hypnotiques de rêve ou de transe, qui trahissent encore l’influence de Gaspar Noé. Mine de rien, Disco boy est bien placé pour s’imposer comme le premier film le plus mémorable de l’année. G.D.

3 mai 2023 en salle / 1h 31min / Drame
De Giacomo Abbruzzese
Par Giacomo Abbruzzese
Avec Franz Rogowski, Morr N’Diaye, Laetitia Ky

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