Interview Clint Mansell, compositeur de « Requiem For A Dream » et « The Fountain »

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Révélé par Darren Aronofsky dont il est le compositeur attitré, Clint Mansell a accompagné la quête immortelle de The Fountain avec une bande-son aux antipodes de ses précédentes expérimentations où il relaie une nouvelle fois les battements de cœur et autres émotions fluctuantes des personnages. De fortes chances pour que vous en tombiez également amoureux.

Comment avez-vous rencontré Darren Aronofsky?
Nous nous sommes rencontrés il y a dix ans. Je vivais à New York. Je l’ai rencontré avec Eric Watson via des amis que nous avions en commun. Nous avons commencé une collaboration ensemble sur Pi. Darren m’avait demandé de composer la musique car à l’époque, pour son premier film, il ne savait pas vers qui se tourner et n’avait pas suffisamment d’argent pour choisir un compositeur. Ainsi de suite, nous sommes devenus des collaborateurs réguliers.

La bande-son de The Fountain est différente de celles de Pi et de Requiem for a dream
Tout dépend en réalité du projet qu’il me propose et surtout du scénario. Je travaille avec ses scripts et j’essaye de me fier à mes émotions quand je les lis. Pour Requiem for a dream, j’ai procédé de la même façon en lisant tout d’abord le roman d’Hubert Selby Jr. Dans un second temps, après la lecture des scenarii, je vois avec Darren comment la musique colle aux images et surtout aux réactions des personnages. Aujourd’hui, quand on regarde Requiem for a dream, la bande-son colle idéalement aux émotions que les acteurs retranscrivent à travers leurs personnages. A l’origine, je n’avais composé que le thème principal de Requiem for a dream et ensuite par le travail au niveau du montage, nous avons incrusté les autres morceaux. Et ça collait magnifiquement. Darren savait dans quelle direction il allait. C’est typiquement le genre de réaction que je recherche désormais lorsque je travaille sur la bande-son d’un film. Par exemple, je ne suis pas totalement branché par l’électro ou même le hip-hop old school mais ce ne sont pas mes goûts qui importent: il faut que ça corresponde à l’esprit du film. Il peut parfois arriver qu’une bande-son sur laquelle vous avez pourtant beaucoup travaillé ne fonctionne pas avec le film parce que, justement, vous avez mis trop de vos influences personnelles. Il faut saisir l’atmosphère et retranscrire des vacillements.

Aujourd’hui, on entend la bande-son de Requiem for a dream dans n’importe quelle émission télévisée afin d’annoncer lourdement un événement tragique.
Oui, c’est vrai (rires), mais ça reste toujours très flatteur. Lorsque j’ai travaillé sur la réorchestration de la musique de Requiem for a dream pour la bande-annonce des Deux Tours, de Peter Jackson, cela m’a vraiment ouvert les yeux sur ce qu’il était possible de faire avec un même morceau. La réorchestration fonctionne très bien avec les images du film de Peter Jackson même si l’approche est très différente par rapport à Requiem for a dream. Sur la bande-annonce, elle conférait un souffle épique et une vigueur insoupçonnée aux images alors que dans Requiem for a dream, la tonalité était mélancolique, lancinante et cauchemardesque. Ce genre de situation est très stimulant pour moi. Dernièrement, cela s’est répercuté dans mon travail et dans ma vie: je me suis retrouvé face à un nombre de situations inextricables où je devais toujours apprendre par moi-même et essayer des bidouillages.

Comment avez-vous travaillé à la fois avec Mogwai et Kronos Quartet ?
J’avais en tête l’idée de réunir deux mondes totalement opposés. Darren et moi voulions créer le sentiment d’intimité dans la musique pour refléter le long trajet intérieur de l’homme incarné par Hugh Jackman. Mais je voulais également introduire cette notion d’attaque sonique pour représenter la nature épique des voyages temporels. Pour le premier, j’ai pensé à Kronos Quartet; pour le second, à Mogwai. Et les deux ont accepté et travaillé d’arrache pied pour obtenir un résultat subjuguant.

Que s’est-il passé avec David Bowie ?
C’est un regret de ne pas avoir pu travailler avec lui d’autant que c’est mon idole: il est l’une des raisons pour lesquelles je fais ce métier. Pendant l’écriture, Darren Aronofsky était inspiré par le morceau Space Oddity de David Bowie et s’est rapproché de lui afin qu’il compose avec moi un morceau chanté pour le générique de fin. C’est un homme charmant : on s’est rencontré plusieurs fois pour voir ce que l’on pourrait faire mais ça n’a pas fonctionné en raison de graves problèmes de santé. Je sais que, depuis, il a vu le film plusieurs fois avec Darren et je serais curieux de savoir ce qu’il en a pensé.

Avant d’être propulsé par Aronofsky, vous avez collaboré avec Nine Inch Nails.
Oui, je faisais partie du label indépendant Nothing records crée par Trent Reznor. J’ai vécu à la Nouvelle Orléans pendant trois ans et demi, et c’est là-bas que je l’ai rencontré. J’ai fait beaucoup de remix de Nine Inch Nails. Par le passé, j’ai également été chanteur et guitariste dans le groupe Pop will eat itself mais cela n’a pas continué et je n’ai pas envie pour le moment de le reformer.

Vous allez travailler sur la bande-son de Smoking Aces, vous en avez également fait pléthore d’autres (The Hole, Sonny, Doom, Sahara). Est-ce vous qui choisissez les films ?
C’est variable. Dans la majorité des cas, je choisis avec mon agent. J’essaye toujours de prendre un film qui constituera un challenge pour moi et qui donc sera totalement différent de ce que j’ai pu faire auparavant. Généralement, je me base sur le script qui me donne cette opportunité de travailler avec des artistes différents. Actuellement, je peaufine la bande-son de Smoking Aces, de Joe Carnahan et c’est le genre de collaboration dont je suis fier. Par ailleurs, j’aide en parallèle des amis qui font leurs courts-métrages. Je fais également des remix, je compose des morceaux pour mon plaisir personnel; mais, j’essaye en ce moment d’arrêter de travailler pour les productions dites mainstream pour fureter vers des projets plus indépendants. Même si cela vous rapporte moins, cela vous donne une grande liberté d’expression et une vraie propension à expérimenter de nouveaux sons. C’est ce que je veux faire, par-dessus tout.

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