Interview Dominik Moll (« Lemming »)

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Dominik Moll, réalisateur de Harry, un ami qui vous veut du bien et Lemming, ouvre le bal de la Carte Blanche qui donne l’occasion à un cinéaste qu’on aime bien de revenir sur son parcours, sa cinéphilie, ses envies de cinéastes.

Les films cultes de Dominik
A history of violence, de David Cronenberg
Le silence, de Ingmar Bergman
Zabriskie Point, de Michelangelo Antonioni
L’ange exterminateur, de Luis Bunuel
Les oiseaux, de Alfred Hitchcock
Le testament du docteur Mabuse, de Fritz Lang
La prisonnière du désert, de John Ford
Le voyage de Chihiro, de Hayao Miyazaki
La dernière corvée, de Hal Ashby
Le couteau dans l’eau, de Roman Polanski
Ne vous retournez pas, de Nicolas Roeg

Ses premiers pas
« J’ai fait l’Idhec et j’y ai rencontré Gilles Marchand qui était dans ma promotion, Laurent Cantet, Vincent Dietschy qui a par la suite créé Sérénade Productions et produit les courts métrages de Laurent et de Gilles. J’ai personnellement paumé tous mes premiers courts-métrages dans les déménagements. Il en existe encore deux que j’ai tourné aux Etats-Unis avant d’entrer à l’Idec, je n’aime pas du tout le premier, que je trouve aujourd’hui très prétentieux, et le second est tiré d’une nouvelle de Bukowski. C’est également Sérénade productions qui a produit mon premier long-métrage, Intimité, puis la boîte a coulé parce qu’on n’arrivait pas à avoir de financement. »

L’influence de ses pairs
« Je n’ai jamais été ce que l’on appelle un rat de cinémathèque, du genre à me faire trois films par jour. À une époque, j’allais effectivement voir un film par jour, mais je ne pense pas être la caricature du cinéphile. Il existe d’ailleurs plein de films que je n’ai pas vu. Je préfère le terme influence à référence, en l’employant, on a en effet l’impression que le réalisateur veut faire référence à un film et ce n’est pas le cas. Tout réside dans l’inconscient. Après, il existe des influences. De toute manière, on se nourrit de films qu’on voit. A la fin de Lemming, quand le personnage arrose son jardin, il est probable que cela vienne de Blue Velvet, de David Lynch. Mais ce ne sont pas des citations. C’est évident que Lynch plane sur le film, Stanley Kubrick également. On me cite souvent Funny Games dans les influences possibles mais j’ai beaucoup de mal avec ce film. A ce sujet, c’est depuis Funny Games que je n’accroche pas avec Haneke. Il a beaucoup de talent, mais j’ai trop l’impression qu’il cherche à nous donner des leçons, il manque cruellement d’humour et il a du coup un côté castrateur. Je résiste énormément à ça. Le début de Funny Games est éblouissant, mais je trouve la suite du film insupportable. »

Alfred Hitchcock
« TF1 Vidéo a ressorti cinq films d’Hitchcock couvrant sa période anglaise. Ils ont fait une interview avec moi et une autre avec Claude Chabrol pour commenter chaque film. Le coffret est sorti il y a quelques mois alors que nous avons fait les interviews il y a trois ans. Il faut savoir se montrer patient ! Le résultat m’a quelque peu déçu. Je pensais, car ils en ont eu le temps, qu’ils avaient mis en forme les interviews, les avaient illustrées, avec des extraits de films notamment. Et bien, pas du tout, ils les ont laissées telles quelles. J’ai également fait un autre commentaire pour les rééditions du Crime était presque parfait et de La mort aux trousses. De toute sa filmographie, c’est Les oiseaux que je préfère. C’est le premier que j’ai vu au cinéma. Ça devait être en 76. Ca n’a pas été un choc dans le sens où je me suis dit que c’était ce que je voulais faire. Je n’ai jamais eu de déclic ou de film en particulier qui m’a donné envie de faire du cinéma. En fait, c’est une envie qui s’est imposée progressivement. Je pense que le moment où j’ai su que j’avais envie de persévérer dans ce métier, c’est quand j’ai tourné mes deux premiers courts métrages aux États-Unis. J’ai pris un vrai plaisir à les réaliser, les écrire, les monter. Avant, tourner m’intéressait, mais je n’étais pas sûr de mes choix. Sans doute parce que ça me foutait les jetons. J’avais peut-être peur de ne pas être à la hauteur. »

Roman Polanski
« Je suis un fan absolu du Couteau dans l’eau. Le locataire, j’aime bien, mais ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu. Dans mes souvenirs, je trouvais qu’il y avait des moments où il forçait un peu le trait et ça devenait un peu caricatural. J’avais vu ce film pendant ma première année à Paris. À l’époque, j’habitais dans une sorte de chambre de bonne et les toilettes étaient au bout du couloir. Je me souviens que cette histoire de momie m’avait terrifié. Je n’osais plus aller aux toilettes (rires). Mais il y a d’autres films de Polanski que j’adore, comme Répulsion. Je n’ai toujours pas vu Oliver Twist. Ce que j’apprécie dans ses premiers films comme Cul de sac ou Le couteau dans l’eau, c’est qu’il arrive à créer une tension avec rien. Le bal des vampires reste par exemple un film très jubilatoire. À partir de Frantic, je suis sceptique, sa filmographie est devenue très inégale. »

Gilles Marchand, le co-scénariste
« Gilles m’apporte beaucoup. Sur Harry, un ami qui vous veut du bien, c’était assez drôle parce qu’effectivement, j’avais plutôt tendance dans le scénario à retenir les choses afin de rendre le personnage de Harry moins radical. Lui, au contraire, insistait pour qu’on aille plus loin. Pendant l’écriture, j’étais effectivement dans la position du personnage de Laurent Lucas et je répétais qu’il fallait être raisonnable et lui, me poussait, me disait qu’il fallait se lâcher davantage. Sur Lemming, cette dualité était moins définissable. Il n’y avait pas une répartition aussi nette. Gilles est une personne constructive qui apporte des éléments, avec qui on peut essayer des idées, voir ce qui revient. C’est un échange enrichissant. »

Juré au Festival de Deauville
« Ce fut une belle expérience, c’était la première fois. J’ai trouvé la sélection excellente. J’ai adoré Keane de Lodge Kerrigan, tout simplement sublime. Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu autant de films. C’était génial de pouvoir être là, sans culpabiliser, sans me dire que je ferais mieux de travailler sur mon prochain scénario. Je me suis super bien entendu avec les autres membres du jury même si… (long silence) même si je ne suis pas du tout satisfait par le palmarès, mais ça reste personnel… (rires). Je n’ai pas aimé Collision, mais Alain Corneau trouvait que c’était vraiment le meilleur film de la compétition. Dans le groupe, il n’y avait que Melvil Poupaud et moi qui ne comprenions pas cet enthousiasme. Alain a finalement réussi à nous convaincre. Je pense que c’était une erreur. Le réalisateur est un malin. Il donne l’impression de parler de tout, mais à force de vouloir parler de tout, il ne parle de rien. Tout le monde le clame comme le scénariste d’Eastwood, mais c’est avant tout un scénariste de séries télé. Et ça se sent. Le fait de ne jamais rester plus de trois minutes avec la même personne, avec cette musique insupportable… Pour moi, c’est plus une bonne série télé. Les deux films qui se distinguaient vraiment de la sélection, c’était Keane et Forty Shade of Blue. Quoiqu’il en soit, c’était une agréable et intéressante expérience. »

Mes projets
« Un film aux États-Unis, une adaptation de deux nouvelles de TC Boyle. L’idée de tourner un vrai film fantastique, un film de genre, me plairait également, mais il faut trouver un bon scénario, que je puisse m’approprier. J’ai eu l’idée de faire un remake de L’homme qui rétrécit, mais les droits sont hélas pris. D’ailleurs, un remake est déjà en préparation aux États-Unis. »

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