Interview : Alex De La Iglesia (Le Crime Farpait)

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Dans Le Crime Farpait, Alex de la Iglesia se moque de tout: des moches, des beaux, des cons, des flics, des bimbos, des vieilles qui arpentent les galeries marchandes, des concurrences étriquées, des faux playboy, des morts… et renoue avec sa méchanceté d’antan, qu’on croyait perdue avec 800 Balles. Aujourd’hui, le cinéaste donne une séance de dédicace à l’occasion de la sortie de son dvd. Alex ne se rend pas compte de son succès et du nombre croissant de ses aficionados. Alors qu’il n’a pas fini la précédente interview, j’attends (et me réchauffe vu la température glaciale) dans le bar avec les attachés de presse et son scénariste Jorge Guerricaechevarría qui a travaillé sur tous ses films. Le temps de quelques papotages autour d’un café-clopes, ce dernier me confie qu’Alex et lui ont adoré Match Point, le dernier Woody Allen, «le meilleur film qu’ils aient vu cette année». On revient un instant sur Mes Chers Voisins. Alors qu’on évoque les scènes de nues dans ces films, je lui demande s’ils ont eu recours à un body double pour Carmen Maura dans Mes Chers Voisins. Le scénariste plaisante et dit qu’il n’a pas le droit d’en parler car la réponse est sous contrat. A ce moment-là, Alex a fini son interview précédente et l’amigo me fait signe de le rejoindre.

Dans quelle mesure êtes-vous intervenu dans l’élaboration du dvd ?
Alex de la Iglesia : Je n’ai rien fait du tout. Je leur ai laissé les coudées franches. Je leur ai juste envoyé le matériel dont ils avaient besoin.

Muertos de Risa est sorti en dvd en Espagne et n’a bénéficié d’aucune sortie dans l’Hexagone. Les spectateurs français auront-ils un jour la chance de le voir ?
Hélas, je ne crois pas. Tout dépend en réalité d’Andrés Vicente Gomez, le producteur du film car c’est lui qui en possède les droits.

Dans les scènes coupées, pourquoi avoir supprimé cette scène cruciale avec le fantôme qui avait un sens fort ?
Je me suis dit après coup que c’était une erreur de l’avoir enlevé du film mais c’est juste pour une question de rythme. J’ai beaucoup souffert de l’avoir enlevée. Mais je sentais qu’à un moment donné dans le film, il y avait une baisse de régime et donc de la mettre en entier, cela aurait été encore pire (il prend une feuille et me fait un dessin) c’est toujours difficile de contrôler la partie qui amène à la conclusion. Si on divise un film en trois actes, disons que la seconde partie du second acte est toujours délicate pour moi. Sur Le Crime Farpait, on racontait trop d’histoires en même temps. Je pense même en voyant le film tel qu’il est qu’il y en a de trop. Vous savez, essayer de faire un film parfait est difficile voire impossible.

La dernière fois que nous nous étions vus, vous m’aviez parlé de quelques références comme Le masque de la mort rouge, adapté d’Edgar Poe par Roger Corman.
Dès le départ, je pensais beaucoup à la trame de l’histoire de Poe avec des personnages enfermés avec des femmes magnifiques avec tout autour cette peste qui est masquée.

On retrouve souvent dans vos films un personnage limite paranoïaque au milieu d’un monde devenu fou.
La vie est comme ça (rires). J’ai toujours eu la sensation d’être entouré de gens un peu fous mais je pense que je suis le pire de tous. C’est moi qui doit entourer les autres de ma folie. On a tous un degré de folie, mais il existe deux possibilités : soit on est fou, soit on est lourd. Il n’y a pas d’autres issues.

La musique joue un rôle prépondérant dans vos films mais là, c’est l’apothéose.
Oui. J’adorerais faire une comédie musicale par exemple.

Pourquoi pas avec Madonna, elle est en plein revival ?
(rires) Non, pas celle-là ! Le fait que les gens commencent à chanter dans les films a déjà été utilisé comme un effet comique. Je ne saurais pas trop comment m’y prendre pour trouver une autre façon de procéder. En Espagne, il existe déjà deux trois comédies musicales qui se sont déjà montées.

Vous avez vu 20 centimètres ?
Je n’ai simplement vu que les numéros musicaux avec les chorégraphies que j’ai trouvé plutôt bons.

Je voudrais revenir deux secondes sur Perdita Durango. Pourriez-vous me parler de sa genèse ?
Le premier réalisateur qui devait faire ce film, c’était Bigas Luna. Après, il y a eu David Trueba, le frère de Fernando, qui a écrit un nouveau scénario. Par la suite, je suis entré dans le projet. Je suis parti du scénario de David et non celui de Bigas parce que je ne l’aimais pas. A partir de cette substance, j’ai écrit avec mon collègue une nouvelle version. J’ai choisi l’héroïne du film Rosie Perez à partir de Tura Santana que j’avais remarqué dans Faster pussycat Kill Kill (Russ Meyer, 65). J’adorais ces tenues dans le film.

Vous aimez Sailor et Lula de Lynch ?
J’aime bien mais je ne parle jamais en mal de mes collègues (rires).

Quelles sont vos relations avec Guillermo del Toro ?
C’est un très grand ami. Il vit à Madrid. On est toujours tous les deux en train de parler de régime, de ce qu’il faut manger ou pas.

Il a maigri, non ?
Oui. Avant, il pesait plus de 200 kilos. Moi aussi j’ai maigri mais vous ne me le dîtes pas. Dans très peu de temps, vous verrez, je serai un adolescent (rires).

Sa carrière américaine vous inspire ?
J’adorerais avoir une carrière aux Etats-Unis. A condition que je puisse faire ce que je veux. Je sais que Guillermo a par exemple beaucoup souffert pour Mimic, même pour Hellboy je crois, car il a eu des problèmes de studio. Ce n’est qu’à partir de Blade 2 qu’il a commencé à percevoir un semblant de respect. Mais je sais qu’il en a bavé. Personnellement, je n’ai pas envie de faire des choses que l’on m’impose. J’ai la chance d’être prolifique dans le sens où je sors globalement un film tous les deux ans. Depuis 1992, j’ai signé huit longs-métrages dont un pour la télévision.

En ce qui concerne Le jour de la bête, vous avez écrit ce film délibérément en réaction à votre éducation religieuse.
Tout à fait. Il y avait de beaux restes. J’ai été dans une université de Jésuites mais ça n’a pas été plus désagréable que ça. J’en conserve même un souvenir assez doux.

Vous m’aviez parlé d’un projet Les films pour ne pas dormir.
Actuellement, je suis en train de chercher un financement en Europe pour pouvoir faire un nouveau film fantastique dans le sillage d’Action Mutante. Ce projet, oui, je l’ai fini. C’est un épisode pour une série télé qui dure 75 minutes. En France, je pense que ça sortira en dvd. Si tu viens en Espagne, tu pourras le voir.

Vous vous êtes rabibochés avec Santiago Segura ?
Oui. Je ne vais rester fâché avec lui jusqu’à la fin de mon existence. Pour être franc, je suis plutôt fâché avec Torrente, son personnage.

Vous avez vu le troisième épisode qui a explosé le box-office en Espagne ?
(ironique) J’ai juste vu un bout du film, j’espère que c’est très bon… Non, sérieusement, ce n’est pas tellement le film qui me dérange mais plutôt le personnage de Torrente en soi qui m’évoque la mauvaise partie de Santiago. Vous savez, Santagio c’est un peu Docteur Jekyll et Mister Hyde et disons que je n’aime pas trop son côté obscur.

Dans le dvd, vous évoquez Iznogoud. Est-ce que vous ne deviez pas vous occuper d’une adaptation de bédé ?
Je devais m’occuper de Rank Xerox mais je n’ai pas trouvé le financement adéquat pour faire le film. Le prochain film que je ferais s’appellera Les Crimes d’Oxford. C’est tiré du roman d’un écrivain argentin qui s’appelle Guillermo Martinez. Ce sont des crimes qui ont à voir avec les mathématiques.

Ce sera dans la lignée de Pi ?
J’ai adoré ce film. Je n’ai pas encore vu Requiem for a dream mais je trouve que son travail sur ce premier long-métrage est virtuose. Les crimes d’Oxford sera un thriller dépourvu du moindre humour, totalement aride. Ce ne sera pas produit par Panico films (NDR. Sa boîte de production) car il s’agit d’un film de commande. On est en train de penser à Michael Caine pour jouer le rôle du professeur de mathématiques. Afin de le convaincre, je lui ai envoyé le roman.

Vous lui avez envoyé quelques uns de vos films ?
J’ai tout envoyé.

Vous avez eu des retours ?
Non. Il n’a pas encore eu le temps de lire le scénario. Sinon, j’ai également dans l’idée de faire un film noir avec que des femmes dont Carmen Maura et Terele Pavez. Elles étaient déjà toutes les deux dans 800 Balles et Mes chers voisins. J’adore travailler avec elles.

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