Interview Danny Boyle (Millions)

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Finis les bébés qui rampent au plafond et les Petits meurtres entre amis. Finis les délires Leonardo-Di-Caprioesque et la cruelle déception de La plage qu’il a sensiblement mal vécu. Pas complètement finis les 28 jours plus tard et les films de zombie saupoudrés aux belles réminiscences Romeroiennes. Avec Millions, son nouvel opus, dont la sortie estivale quasi-anonyme ne doit pas être mal interprétée, Danny Boyle déploie des trésors d’inventivité formelle et raconte une histoire simple à hauteur d’enfant. Entre une question pour savoir ce que j’ai pensé de la prestation de son chouchou Cillian Murphy dans Batman Begins et une discussion enflammée sur Freaks de Tod Browning, Boyle, souriant et détendu, rappelle à quel point il est brillant et loin d’être fini.

Est-ce qu’on peut considérer que Millions est une version de Petits meurtres entre amis pour enfants ?
Danny Boyle : (il éclate de rire) Beaucoup de gens l’affirment en tous les cas. C’est une réaction très intéressante parce que je me souviens que lorsque j’ai lu le scénario pour la première fois, il y avait évidemment l’idée du sac rempli d’argent. Cela semblait si similaire. Mais, il faut quand même différencier les deux dans le sens où ils ne correspondent pas aux mêmes mœurs. Quand j’ai réalisé Petits meurtres entre amis, la société anglaise était très cynique avec à la tête du gouvernement John Major, un premier ministre extrêmement faible. Le contexte politique et social de Petits meurtres entre amis et surtout le rapport que l’on avait avec l’argent était différent. En politique, il y avait eu beaucoup de corruption. Le thème de l’argent m’intéresse depuis toujours, sur la façon dont elle change les individus et influe sur notre comportement. Aujourd’hui, la situation et les mentalités ont changé. C’est ce que je ressens dans le pays désormais. Les gens semblent nettement plus conscients que nous devons partager, vivre ensemble…

Il y a une figure récurrente que l’on retrouve dans plusieurs de vos films. C’est un personnage qui, vers la fin du film, s’isole du groupe et sombre peu à peu dans une sorte de folie dévastatrice…
Exactement. Dans la plupart de mes films, il y a effectivement l’isolation d’un personnage par rapport à un groupe. On retrouvait dans Petits meurtres entre amis, dans La plage et là, effectivement, dans Millions (il réfléchit)… Dans mon prochain film, Sunshine, on retrouve encore une fois cette image du personnage qui sort du groupe. J’adore confronter l’individu au groupe.

En parlant de vos prochains films, qu’en est-il de la suite de 28 jours plus tard ?
Nous sommes en train de la préparer. Je serai uniquement producteur exécutif et donc ne la mettrai pas en scène, mais nous essayons que ce soit Juan Carlos Fresnadillo, ce réalisateur espagnol qui a réalisé cette merveille Intacto, vous l’avez vu ? Il est en train de travailler sur le script en ce moment et il devrait normalement le mettre en scène. Je croise les doigts pour que tout marche.

L’un des points forts de votre nouveau film, outre la mise en scène et le montage, réside dans la bande-son, sublime d’un bout à l’autre. Dans quelle mesure intervenez-vous sur la musique dans vos films ?
Vous savez, j’adore choisir la musique, en travaillant avec John Murphy. Cela m’inspire quand j’écris un film. La meilleure façon est de faire évoluer la chanson dans son esprit. Après avoir fini le tournage, j’avais encore la musique du film dans la tête. C’est très puissant et en même temps rare quand on a des chansons complémentaires avec différents arrangements. Dans Millions, j’ai voulu accentuer les transitions. Je voulais utiliser le morceau Drawing on Stuff des Clash. Quand j’étais punk, ils étaient mon groupe favori. Et j’ai toujours voulu mettre une chanson des Clash dans un de mes films. En musique, j’adore tous les genres, avec une préférence pour la house dont je suis un grand fan depuis la fin des années 80…

Dans Trainspotting, on entendait Underworld et Ice Mc. Dans Millions, aux chansons du groupe Muse. On passe de l’eurodance et de la techno à du rock.
Dans Millions, il y a différents styles de musique qui se côtoient. La chanson que je préfère en ce moment, c’est un morceau qui est sur le nouvel album de ColdPlay qui s’appelle Fix you. Je l’ai adoré dès la première écoute. De toute façon, ce groupe est absolument épatant. Sinon, je me sens mélomane dans le sens où j’adore découvrir des groupes méconnus.

De la même façon que vous passez d’un bébé qui rampe au plafond à un gentil garçon qui distribue de l’argent. Je sais que vous n’aimez pas les clichés mais peut-on dire que vous êtes définitivement assagi ?
(rire sarcastique) Au fil des années, il est clair qu’on gagne en expérience et en maturité mais je ne pense pas que ce soit bon d’être trop sage. Il importe de rester impulsif quelles que ce soient les situations, parfois même naïf tant que possible. On peut être trop sage, trop sérieux, et du coup louper son film parce qu’on n’a pas voulu céder aux audaces. Crois-moi, tu n’as pas idée de ce qui va marcher ou pas. Et il faut justement ne pas y penser. Faire ce qui te plaît, même si tu échoues. L’important, c’est le plaisir que l’on prend à tourner. Et puis les goûts et les couleurs… Vous pouvez aimer mon film et ça n’empêchera pas d’autres personnes de le détester.

En revanche, le coup de la Sainte qui fume un pétard évoque vos provocations passées…
(il rit) C’est génial, tu veux dire ! Pourquoi elle ne fumerait pas un pétard ? (rires). Sérieusement, quand tu lis les histoires individuelles des Saints, tu as le droit de te poser des questions. Tu te dis : putain, ces gens doivent être tarés, lunatiques ou incroyablement courageux, voire braves. On se demande si en fonction de leur passé ils ne sont pas fous ou des gens miraculeux qui émergent de la foule, comme Nelson Mandela. Des gens sur lesquels le soleil brille. Je ne voulais pas que les saints représentés dans le film aient l’air pieux mais davantage qu’ils aient leur propre personnalité. Donc, oui, elle fume de l’herbe. Et alors, pourquoi pas, d’autant que maintenant tout le monde s’en fout.

En fonction des fins alternatives de 28 jours plus tard, on pouvait conclure que la fin de votre précédent film était ironique. Doit-on déduire la même chose sur celle de Millions ?
Non, je ne dirais pas que la conclusion de Millions est ironique mais plutôt naïve. On peut même considérer ça comme une célébration de la naïveté. Cela revient à l’une de vos questions précédentes sur le fait d’être plus sage qu’avant. L’opiniâtreté à vouloir à tout prix être sage vous fait tourner en rond et bloque des idées. Aujourd’hui, on ne peut plus faire quelque chose de naïf sans être obligatoirement taxé de cynisme. Pour moi, cette naïveté est très impulsive. Elle peut être mal comprise mais elle doit présentement, à la fin, être prise de la façon la plus magnifique qui soit. Quand les gens donnent de l’argent à des associations, ils espèrent que leur argent aura servi à aider les gens etc. Puis progressivement, ils regrettent et s’inquiètent de savoir comment leur argent va être géré. J’ai voulu ôter toute cette part de cynisme pour toucher à l’innocence.

Que pouvez-vous me dire sur votre prochain film Sunshine ?
C’est un film de science-fiction qui se déroulera dans l’espace sur la découverte d’une bombe qui fait la taille de Paris. L’histoire se focalisera sur des astronautes qui devront savoir ce que sont devenus l’ancienne équipe partie dans le dessein de rallumer un soleil sur le point de s’éteindre.

Vous savez que l’éclectisme se soigne ?
(il éclate de rire) J’espère bien. J’adore varier les sujets et je suis carrément hermétique aux étiquettes. Je ne prévois que le cinéma de cette façon. Eclectique est incontestablement le mot qui me convient et me qualifie le mieux.

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