DIG! Interview de la documentariste Ondi Timoner

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Dans Dig !, la réalisatrice Ondi Timoner trace les parcours des deux groupes Brian Jonestown Massacre et Dandy Warhols et les regarde passer de l’amour à la haine, tout en égratignant le milieu du rock et les leurres du show-business. Le résultat, demain dans les salles, est explosif.

Comment est né le film ?
Je préparais alors un film sur dix groupes pour examiner ce qui se passait quand l’un avait signé avec une maison de disque et pas les autres. Et j’ai rencontré Anton du groupe Brian Jonestown Massacre. Quand j’ai vu le nom du groupe, je me suis demandé s’il ne datait pas des années 60. C’était le jour de son anniversaire et il dégageait une présence incroyable. Je lui ai demandé s’il voulait être de ce projet. Anton m’a alors présenté les Dandy Warhols et m’a dit d’oublier tous les autres groupes. Six mois plus tard, on faisait le documentaire.

Quelles ont été les réactions des deux groupes quand ils ont vu le film ?
Quelqu’un a pris une photo de Courtney à la sortie du film, il souriait. Les Dandy Warhols l’ont adoré. Les Brian Jonestown Massacre, pareil, tout le monde a trouvé ça formidable, sauf Anton. Il n’a pas du tout aimé le film parce que c’est sept ans de sa vie et cela a ravivé beaucoup de mauvais souvenirs.

Le documentaire ne serait-il justement pas un moyen de le faire connaître aux profanes ?
Bien sûr. Regardez-le dans le film, il n’aime pas tout ce qui a attrait au succès. C’est prétendument pas fait pour lui. C’est Anton, il se prend pour le nouveau Courtney.

Vous n’avez pas eu de problème avec cette scène où Anton donne un méchant coup de pied à un homme dans le public ?
Après coup, Anton m’a dit : « dieu merci, tu as enregistré ça », de manière à ce qu’il puisse le montrer aux flics et prouver qu’il a été agressé. Il pensait que le gars l’avait attaqué alors que c’est lui qui l’a appelé et lui a donné un coup dans la tête. Je ne pouvais pas montrer ces images à la police.

On a parfois l’impression qu’il se sert de la caméra.
Je pense que dans le fond, c’est ça qui ne lui a pas plu. En acceptant de faire ce documentaire, il a dû penser que j’allais faire un film sur sa révolution musicale. Il pensait que ce serait uniquement sur lui et le fait qu’il a bouleversé l’industrie du disque. C’était sans doute trop réaliste pour lui. Mais je n’étais pas une fan du groupe qui venait ici pour faire un film sur eux. J’avais toujours en tête l’envie de faire un film sur des artistes vivant leur vie et non pas sur les Brian Jonestown Massacre. Finalement, les gens se sont précipités pour acheter leur disque. Maintenant, Anton est connu et publié dans le New York Times.

Ils vous ont laissé facilement entré dans leur cercle ?
Oui, parce que le documentaire a commencé très tôt et ils étaient assez flattés qu’on leur prête attention. Ils ont apprécié que moi et mon frère David nous occupions d’eux. Cela s’est passé très facilement parce que nous n’étions plus des étrangers. Au fil des images, Dig ! montre comment le succès peut créer la jalousie mais surtout que l’industrie n’aide pas des groupes à se développer alors qu’ils ne manquent pas de talent, comme les Brian Jonestown Massacre. Ce qui m’agace, c’est qu’on donne des sommes astronomiques pour réaliser des clips video alors qu’à côté, il y a des groupes bourrés de talent qui ne sont pas produits. Il y a un déséquilibre mais aujourd’hui, ça change, ils ont moins d’argent à cause du piratage sur Internet.

Vous êtes restés en contact avec eux ?
Je viens de faire le DVD du film. Pour les bonus, j’ai rappelé tout le monde pour montrer ce qu’ils sont devenus. Le supplément fait deux heures et dans ces deux heures, on peut voir par exemple Anton jouant en studio. Aujourd’hui, les deux groupes sont redevenus amis parce qu’Anton a vu dans le documentaire que Courtney parlait bien de lui.

Quel est le morceau des Dandy Warhols que vous préférez ?
Good Morning. J’adore Boys better, sans doute parce que j’en ai fait le clip et l’ai réécouté 150 fois. Et j’aime aussi beaucoup ce qu’ils ont fait dans leur dernier album comme le morceau You’re my Last High.

L’une de leurs chansons s’appelle We used to be friends. Ça aurait pu être un bon titre, non ?
Complètement. C’est Joel [Joel Gion, des Brian Jonestown massacre, NDR] qui a choisi le titre Dig !. Dans les années 60, quand on disait Dig !, c’est comme quand on dit aujourd’hui « cool ». J’ai recherché d’autres titres mais aucun d’eux ne marchait. Et puis, Dig possède un double sens, c’est aussi pour creuser dans les images, faire le montage, cela avait quelque chose de très archéologique.

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