Rencontre Avec Moebius & Suzuki (expo Miyazaki – Moebius)

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Musée de la monnaie de Paris. 10h. Evénement : Jean Giraud alias Moebius (Metal Hurlant) donne une conférence de presse sur son rapport à Miyazaki. C’est la première bonne nouvelle. La seconde, c’est qu’il est accompagné de Toshio Suzuki (producteur de Miyazaki). Entre un café et deux pains au chocolat, l’attachée de presse nous informe que ladite conférence aura lieu dans une demi-heure (le temps que nos amis nous rejoignent). Troisième bonne nouvelle qui nous laisse le temps d’émerger et de contempler en long en large et en travers l’expo Miyazaki – Moebius : deux artistes dont les dessins prennent vie, que vous pourrez découvrir du 1er Décembre 2004 jusqu’au 13 Mars 2005.
Et la quatrième bonne nouvelle nous tombe sur le coin de l’œil : c’est une expo soigneusement répartie, formidablement thématisée, rigoureusement présentée avec près de 300 dessins originaux de Moebius et de Miyazaki (également répartis), où les mondes de la bédé Française et de l’animation Japonaise se confondent pour le meilleur. Dans les dédales du musée, se trouvent des surprises que les fans d’Alejandro Jodorowsky, Tron, Little Nemo et Totoro devraient apprécier (on n’en dit pas plus). Sans compter que le 12 Janvier 2005 arrivera sur les écrans le dernier Miyazaki (Le château ambulant) qui, cinquième bonne nouvelle, est un film d’animation fluide, dense, intelligent, drôle, absurde. Que des bonnes nouvelles en somme ? Oui.

Moebius et Miyazaki
Moebius : J’ai découvert le travail de Miyazaki de manière un peu clandestine. J’étais aux Etats-Unis. A l’époque, j’habitais à Los Angeles et mon fils, Julien, qui avait une dizaine d’années, avait une bande de fans de manga dans sa classe qui se passaient des cassettes de films piratés sur la télévision Japonaise. Il y avait toute sorte de choses : des choses moyennement intéressantes, des choses curieuses, plutôt inconnues, et puis une cassette sans titre, sans rien. Sur cette cassette, il y avait Nausicaä, le premier long-métrage totalement assumé de Hayao Miyazaki. J’y ai été à l’aveugle, très impressionné et conquis définitivement par le génie de Miyazaki sur ce film-là. Je pensais que c’était un film unique d’un auteur inconnu qui ne rencontrerait aucun succès, qui resterait ésotérique et j’ai gardé cette cassette précieusement pendant des mois et des mois en la regardant plusieurs fois, jusqu’au jour où j’ai appris que l’auteur derrière les sigles mystérieux s’appelait Miyazaki, qu’il avait déjà fait des choses pour la télévision, qu’il préparait un deuxième film. Peu à peu, j’ai découvert qu’il s’agissait d’un véritable auteur qui s’inscrivait dans la durée. Je me suis préparé à suivre son travail et j’ai vu apparaître Laputa, Le château dans le ciel qui a été la confirmation de la qualité de Nausicaä. Et puis de toute la filmographie qui s’est déroulée au fil des années (Totoro etc.). C’est un véritable éblouissement parce que chaque film repose sur les épaules du précédent, dans une qualité et une fidélité extraordinaire aux thèmes. Cela en fait le spectacle d’une arborescence précieuse. Je me suis très vite inscrit publiquement dans cette admiration. Ça s’est concrétisé par une première rencontre pendant un voyage au Japon avec Miyazaki à qui j’ai exprimé toute ma reconnaissance. J’ai eu l’agréable surprise de constater que de son côté monsieur Miyazaki connaissait mon travail et l’appréciait. Et que les correspondances que je voyais dans l’œuvre entre mes préoccupations et son travail étaient conscientes. Ça a été un très grand plaisir. Ensuite, il y a eu avec ma famille un voyage au Japon il y a deux trois ans où j’ai fait la connaissance de monsieur Suzuki, de toute l’équipe du studio Ghibli. A la suite de cette rencontre, est née l’idée de créer une exposition sur Paris qui peu à peu s’est raccordée avec la sortie du film de Miyazaki.

Moebius et Nausicaâ
Moebius : Lors de mon dernier voyage au Japon, j’avais emmené ma petite fille Nausicaä qui a 9 ans maintenant. Dans le livre de l’exposition, on voit une photo de ma fille qui s’appelle Nausicaä. Nous l’avons appelé Nausicaä bien sûr parce que le prénom nous plaisait mais aussi en référence à ce personnage qui inaugure toutes les héroïnes qui traversent l’œuvre de Miyazaki dans chaque film. Je dois dire que j’ai eu une bonne intuition parce que Nausicaä ressemble vraiment à une héroïne d’un film de Miyazaki. Elle est dotée de la même volonté.

Moebius et la nature chez Miyazaki
Moebius : Son rapport à la nature est vraiment important. On le voit à travers toutes ses œuvres. Dans sa conception de la nature, il y a ce qu’on pourrait appeler du surnaturel, tout ce qui est de l’ordre du caché; et je vois ça apparaître essentiellement dans deux œuvres : Mon voisin Totoro et Princesse Mononoké qui sont de véritables manifestes sur la relation entre l’homme et la nature. Les génies des dieux sont soit perturbés, soit émergents, soit sollicités par la conscience humaine. Je pense que la culture Japonaise a cette caractéristique d’avoir conservé des canaux entre cette tradition-là et la modernité. Chose qui, en Europe, plus précisément en France, reste difficile à faire émerger. J’y suis très sensible. J’ai essayé mais je ne peux pas bénéficier de traditions spirituelles aussi vivaces que celles des Japonais. Je pense aussi à Pompoko de Isao Takahata qui est une histoire déchirante et s’impose comme le grand film sur le rapport entre notre système écologique et l’avancée de la civilisation urbaine. En ce qui me concerne, messieurs Takahata et Miyazaki sont deux expressions du même concept, auquel j’associe évidemment Le Tombeau des Lucioles qui est un monument émotionnel (rires).

Miyazaki et son succès occidental
Toshio Suzuki : C’est une question que je me pose souvent. D’autant que lorsque nous avons présenté Le Château Ambulant au festival de Venise, on a évidemment rencontré des journalistes du monde entier qui nous ont posés beaucoup de questions et souvent des questions sur Heidi et Conan, le fils du futur, deux séries sur lesquelles Miyazaki et Takahata ont travaillé ensemble et qui a visiblement rencontré un grand succès télé en France, en Italie, en Espagne… Les journalistes nous confessaient alors que grâce à ces séries, ils avaient l’impression de mieux connaître et comprendre les œuvres de Miyazaki. Ce sont ces deux séries qui leur ont donné tous les points de repères. A l’époque, c’était Miyazaki qui dessinait les images et Takahata qui faisait le réalisateur. Heidi développait déjà les thèmes de la nature et affirmait que chaque élément de la nature a un esprit qui l’anime. En fait, on se rend compte que tout avait déjà été développé à l’époque de Heidi. Miyazaki a développé de son côté personnel cette relation de la nature et cette conscience de la nature avec sa forme personnelle. Heidi reste pour les deux une expérience importante parce que c’est là où ils ont tout découvert.

Moebius : est-ce que je peux me permettre de poser une question ? Est-ce que le rapport avec les forces naturelles et cette prise de conscience participent à un courant traditionnel ou particulier au Japon ?
Toshio Suzuki : Les deux. Traditionnellement, chez les Japonais, il y a un rapport à la nature. Le fait qu’ils considèrent qu’il y a une vie dans chaque élément de la nature, c’est une tradition purement Japonaise. Mais avec la progression des industries au Japon, petit à petit, les Japonais prenaient conscience que cette relation avec la nature s’était émoussée. Au moment d’Heidi, Takahata et Miyazaki ont pensé ensemble qu’il était important de refaire prendre conscience aux enfants Japonais l’importance de rapport à la nature.

Exposition Miyazaki – Moebius
du 30 Novembre au 13 Mars 2004

La Monnaie de Paris – 11 Quai de Conti – Paris 6ème

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