Tom Cruise qui fait la chorégraphie de la série Mercredi sur Lady Gaga en peignoir sur TikTok, c’est pour de vrai? Kim Kardashian et Idris Elba sont voisins, vous le saviez? Bien sûr que non, bande de bananes. Nous sommes entrés dans l’ère du deepfake qui explose dans un grand-tout numérique où notre impatience à zapper est tout entière au service des zappeurs. NEEXXXXTTTT!!!!
Nombreux sont ceux qui se lamentent sur l’état du cinéma et sur le manque de curiosité dans notre consommation des images. Le grand méchant se prénomme la compression numérique qui, si elle a compressé les personnels sur les plateaux de cinéma, a fait naître de nouveaux métiers. Une nouvelle création qui gagne en facilité et donc en zèle. Le numérique adore en mettre plein la vue et le deep fake en est l’excroissance la plus démente, mollement cloué au pilori il y a deux ans, aujourd’hui plébiscité devant le programme du soir sur TF1 par des téléspectateurs qui, peut-être croient dur comme fer que la terre est ronde, par Jupiter!
Derrière cette technologie, se cachent des armées de graphistes comme dans le doué studio Mac Guff, interrogé dans un passionnant sujet du JT de France 2. Sur leurs écrans, se trouvent des projets secrets cathodiques ou cinématographiques, où toutes les retouches sont possibles et imaginables! « On a des gens spécialisés dans différents domaines », explique Rodolphe Chabrier, cofondateur du studio. « Certains vont faire de la 2D, de la 3D, de l’animation… » Des spécialistes des effets spéciaux ayant réussi l’an passé à redonner vie à des stars du siècle dernier (l’émission Hôtel du temps de Thierry Ardisson). Pour créer un clone numérique, Rodolphe Chabrier et ses équipes ont dû nourrir une intelligence artificielle avec plus de 20.000 photos d’un artiste (en l’occurrence, Dalida dans le sujet). « On cherche une grande variété avec des lumières, des axes, des expressions très différentes. C’est tout l’art du truc de mélanger toutes ces données, comme en cuisine, pour obtenir le personnage qu’on a envie d’avoir ». Le visage des figurants est alors remplacé par celui des vedettes. « En trois-quatre ans, on est passé de 0% à 50% des projets qui ont besoin de ce genre de techniques. Parce que c’est génial, pour un réalisateur, de raconter la vie de quelqu’un de très jeune jusqu’à la mort. »
Une solution miracle devenue tendance à Hollywood pour vieillir ou rajeunir un personnage. C’est le cas du prochain Indiana Jones 5 où Harrison Ford apparaît jeune, comme l’explique un article de Hollywood Reporter. L’acteur américain, aujourd’hui octogénaire, a retrouvé le personnage pour ce cinquième volet au cinéma l’été prochain. Dans la scène d’ouverture, le spectateur le verra rajeuni de 35 ans grâce à un nouveau logiciel mis au point par les équipes de ILM (Industrial Light & Magic), la société d’effets spéciaux de George Lucas, qui pousse plus loin la magie opérée par la « motion capture » ayant de nombreuses fois servie par le passé (Andy Serkis dans Le Seigneur des Anneaux, Arnold Schwarzenegger dans Terminator Genysis, Will Smith dans Gemini Man ou encore Robert De Niro et Joe Pesci dans The Irishman de Martin Scorsese). Une nouvelle technique qui appelle à ce qu’on définisse des limites tant le pixel fait tout ce qu’on lui dit, prenant ses ordres auprès du logiciel qui obéit au commanditaire. Les effets spéciaux restent bel et bien souverains pour anticiper nos effrois, mais grâce au numérique, nous savons que nous verrons désormais tout. Il rappelle aussi, et heureusement, que les suprématies technologiques, d’où qu’elles viennent, ne font pas tout. Et que les grands films actuels, comme toutes les œuvres d’art depuis toujours, sont une résistance, une protestation et un rempart contre la vulgarité. A.V.
