Adieu Agusti Villaronga (1953-2023)

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Alors que le cinéma espagnol avait essayé par toutes les métaphores fantastiques et surréalistes possibles de figurer le poids du franquisme tout au long des années 70, un homme avait alors décidé de ne plus rien voiler et d’arrêter de décorer: avec Tras El Cristal (1988), Agusti Villaronga imaginait un huis-clos entre un ogre, une sorte de Gilles de Rais emprisonné d’un poumon de fer, et un jeune garçon pervers et malfaisant. Condamné longtemps dans les limbes (c’est sa ressortie chez l’éditeur Cult Epics qui le dévoilera à nouveau au monde), ce film fou disait tout sur la passation du mal, le mimétisme qui tue, la terreur fasciste. Un conte pour adultes aux images noir d’encre, d’une élégance et d’un effroi sans fin, comme si on avait condensé Salo dans un bizarro-giallo gothique. Le genre de film qu’on ne conseille pas et dont se relève peu; ce qui explique pourquoi Villaronga a dû son salut que bien plus tard, après un El Nino de la luna peu convaincant et un très étrange 99.9 qui annonçait le renouveau horrifique de l’Espagne. La renaissance a eu lieu avec El Mar, suite thématique de Tras el Cristal dessinant un triangle amoureux impossible entre un garçon souffreteux, un voyou à la Genet et une bonne sœur. L’étrangeté gothique en moins, le résultat n’en restait pas moins tout aussi terrassant. A suivi un Pain Noir plus accessible, sondant les mêmes thématiques (le franquisme, l’enfance, la barbarie…) dans un format plus «grand public». Une pluie de Goya, évidemment. L’homme avait alors persévéré dans des œuvres plus académiques, condamnées plus ou moins à rester sur le territoire ibérique (Incerta Gloria, El rey de la Habana, Born a King…), même s’il faut avouer que sa vision du naufrage du radeau de la Méduse dans le manifestement très âpre El ventre del Mar, intrigue beaucoup (et on vérifiera, coûte que coûte). En plein montage de son prochain film Lola Tormenta, Villaronga, rongé par la maladie, avait vu sa santé décliner. Il est décédé à 69 ans, laissant derrière lui l’adaptation de La mort et le printemps, projet qui lui était cher. J.M.

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