Ce premier long-métrage de Coline Serreau était tombé dans l’oubli, malgré une réception critique favorable: bien que terriblement ancré dans son époque, pas sûr que son sujet se soit écaillé pour autant. Situation simple: Fernand (Sami Frey, le bel autoritaire), Alexa (Christine Murillo, du genre à qui on la raconte pas) et Louis (Mario Gonzales en Droopy musicien) vivent ensemble. Mais plus que des colocs claquemurés dans un pavillon de bric et de broc, ils dorment également dans le même lit. Un trouple, pur et simple, à cent lieues des triangles amoureux tragiques et impossibles. Possiblement parce qu’entre ces murs, ce ne sont pas juste deux hommes qui aiment la même femme: le désir se trouve ici à part égal. Sur le vieux courant agité de la libération sexuelle, normale que la réalisatrice, qui était passée par le documentaire féministe pour bien se faire voir, est trouvée tout son intérêt dans cette explosion du couple hétéronormé, égratignant au passage une bourgeoisie ennuyeuse réglée comme du papier à musique (hilarante apparition de Mathé Souverbie). Ce qui frappe, et qu’on a perdu dans ce qu’on qualifiait autrefois de «comédie de mœurs», c’est le curieux contraste entre une réalité rugueuse, sans chichi, et et les ruptures de tons permanentes. Serreau y invite autant le comique burlesque (Michel Aumont en flic malchanceux, un running gag à coup d’inspirateur démantibulé, et un quiproquo à base de sable glissé dans un moteur de voiture) que les échappées plus noires, avec en particulier le personnage de Louis, artiste tourmenté par une mère démente ou Alexa, coursée par un mari BCBG adepte des claquages de beignet. Loin de toute la naïveté hippie qu’on aurait pu lui reprocher, le film trouve justement toute sa saveur dans ses sautes d’humeur et ses personnages croqués avec toutes leurs failles. En bon effeuillage du polyamour, Pourquoi pas! ne ferme aucune porte et reste toujours aussi libre et réjouissant. J.M.
