[JEUNE ET CHAOS] ÉRIC FALARDEAU

0
2199

Le Chaos rencontre celles et ceux qui feront le cinéma de demain. Découvrez Éric Falardeau, dont le court-métrage Asmodeus a marqué l’année 2022.

INTERVIEW: ALAN DEPREZ / PHOTO PORTRAIT: JEROME BERTRAND

Il y a une dizaine d’années, Éric était devenu un des chouchous des amateurs d’extrême, via son premier long-métrage: Thanatomorphose (2012), qui donne à voir le long chemin de croix de Laura (Kayden Rose). Elle a beau être vivante, son corps pourrit petit à petit, comme si son décès était déjà acté; un processus douloureux retranscrit par les SFX d’un David Scherer en état de grâce (la quasi intégralité des effets ont été conçus en plateau).

Falardeau avait ensuite réalisé des courts-métrages et vidéoclips, osant même se frotter au hard, par l’entremise du moyen-métrage The Thing from the Lake (2019). Un parcours un peu gonzo, qui ne l’a forcément pas aidé lorsqu’il a tenté de décrocher des subsides (l’auteur de ces lignes a vécu le même genre de mésaventures)… Il a buté sur la fermeture d’esprit des commissions de financement canadiennes, rétives à son univers singulier, et essuyé des réactions assez brutales. Après avoir accusé le coup, l’ami québécois a décidé de remettre le pied à l’étrier. Autofinancé par une campagne de crowdfunding et créé en totale liberté, Asmodeus est né en réaction à des projets mort-nés.

Bien lui en a pris, puisque son court-métrage occulto-érotique en noir et blanc a fait son petit effet en festivals, avec des sélections à Sitges (Espagne), Extrême Cinéma (Toulouse, France) ou encore à la toute première édition du Brussels Porn Film Festival (Belgique). Pour ne rien gâcher, Asmodeus a entièrement été tourné en pellicule (Super 8).

[D’OÙ VENEZ-VOUS, ÉRIC?]
Je suis originaire de Senneterre en Abitibi, au Nord du Québec. Enfant, je lisais énormément, en plus de regarder des films (souvent en boucle). Mon tempérament anticonformiste a rapidement trouvé son expression dans la création. J’ai commencé à réaliser de courts projets autour de 2001-2002, mais je dirais que j’ai trouvé ma voix en 2006 avec La Petite Mort, un bref hommage au giallo, doublé d’un commentaire sur la forme des scènes de sexe et de mort au cinéma. Les projets se sont ensuite enchaînés : Purgatory (2006), Cam Shot (2008), Coming Home (2008), Le Cycle (2009), le film d’animation Crépuscule (2011), puis mon premier long-métrage entièrement autofinancé et indépendant : Thanatomorphose, récipiendaire de nombreux prix. Depuis lors, j’ai écrit quelques essais sur le cinéma, tourné des vidéoclips et un moyen-métrage pornographique pour la boîte Adult Time (The Thing from the Lake). Récemment, j’ai sorti un nouveau court-métrage inspiré par l’occultisme, le spiritisme et le cinéma des années 20 : Asmodeus. Par ailleurs, je suis membre depuis 2019 de The SerVant. C’est un groupe de hard rock et nous avons composé la bande sonore d’Asmodeus. Nous préparons notre premier LP et, personnellement, je planche sur un deuxième long-métrage. (The SerVant a dédié un morceau à Water Power, le hardcore flick sulfureux de Shaun Costello… une preuve indéniable de bon goût !-NDR)

[POURQUOI RÉALISEZ-VOUS?]
On décrit mon travail comme plutôt nihiliste et sombre, proposant une expérience formelle de la limite. C’est vrai que je suis plutôt pessimiste ! Je m’intéresse beaucoup au corps humain, ainsi qu’à la mise en scène de la violence et de la sexualité. J’explore ma propre intériorité dans mes œuvres et je crois que cette transparence est ce qui rejoint le public.

[VOS ŒUVRES CULTES?]
Comme tout bon cinéphile, je dirais que la liste est énorme et variée. Cela dit, pour nommer des titres qui me viennent immédiatement à l’esprit, je dirais Phantom of the Paradise (1974) de De Palma, Hedwig and the Angry Inch (2001) de John Cameron Mitchell, Cannibal Holocaust (1980) de Deodato et The Meaning of Life (1983) des Monty Python. J’adore les films excessifs ; d’où, je crois, cette passion pour les genres qui offrent des expériences sensorielles et limites (horreur, pornographie, etc.), mais aussi où la forme et la musique jouent des rôles importants. Pourquoi aller au cinéma si c’est pour s’autodétruire lentement avec le poids du réel? Vive la violence créatrice!

Éric est l’auteur d’un fabuleux essai, que je vous recommande chaudement : « Le Corps Souillé » (2019), qui détaille les analogies entre cinéma gore et porno.

Le site web d’Éric Falardeau, où trouver toutes ses actus.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici