Développé à l’origine sous forme de traitement en vue d’un long-métrage qui n’a pas abouti, le projet du Labeur du diable a passé quelques mois dans un tiroir, avant d’être adapté pour la BD chez l’éditeur Glénat.
INTERVIEW: GERARD DELORME / PHOTO: PAULINE PALLIER
A l’origine, Le labeur du diable a été écrit pour le cinéma, mais finalement, il sort en BD. Pourquoi?
Fathi Beddiar: Le premier traitement à l’époque s’appelait Webster Fehler & The Missing Warbag. Le projet est né d’une façon un peu inopinée. J’en parle d’ailleurs dans le cahier Bonus. J’étais en train de développer Stark, l’adaptation du roman d’Edward Bunker, qui devait être mon premier long-métrage en tant que réalisateur, lorsque Jimmy, mon conseiller technique et ami très proche a eu une mésaventure en égarant son warbag. C’est une sacoche tactique, qui renferme tous les outils nécessaires pour le travail sous couverture. Pour un policier, la perte de ce sac est impensable. Il a appelé en panique alors qu’on était censé se retrouver au commissariat de Newton à South central: «La sacoche n’est pas dans ma voiture, est-ce qu’elle est dans la tienne?» Non, elle n’était pas dans la mienne, donc je suis allé chez lui, et au final, il ne l’avait pas perdue. La sangle de la sacoche était coincée dans le mécanisme du siège, donc chaque fois qu’il rabattait le siège, la sacoche disparaissait. Quand on l’a retrouvée, c’était un soulagement complet. Un peu plus tard, je lui ai demandé ce qui se serait passé s’il avait perdu la sacoche, et surtout, si elle était tombée entre de mauvaises mains. La réaction de Jimmy m’a fait froid dans le dos – c’était comme si la terre avait explosé. Et c’est ce qui a lancé Le labeur du diable, alors que j’étais toujours en train de travailler sur Stark. Le sujet n’a pas arrêté de germer dans ma tête jusqu’à m’obséder. J’en ai parlé à mon oncle Jack Hoar, qui était retraité du LAPD et conseiller technique de William Friedkin. Au cours des discussions qui ont suivi, il m’a énuméré les affaires criminelles provoquées par des déséquilibrés mentaux qui se faisaient passer pour policiers. Certaines affaires étaient incroyables et remontaient jusqu’aux années 50, comme le cas de Caryl Chessman, surnommé le «Red Light Bandit» car il mettait un gyrophare sur le toit de sa voiture. Il ciblait les jeunes femmes pour les voler, les violer et les tuer. Par la suite, mon oncle m’a conseillé de parler à John Shafia, un enquêteur de la Brigade Criminelle du bureau West LA de la police de Los Angeles, qui a à son actif un incroyable taux d’élucidation. Celui-ci m’a donné plein d’informations qui ont alimenté le projet. J’ai également bénéficié de l’apport de Jimmy et de son ancien partenaire, Bobby Deamer, également employés comme conseillers techniques par Michael Mann. J’avais fait appel à eux pour Stark parce qu’il fallait que le projet soit vraiment ancré dans la réalité. Une chose revenait chez la plupart des enquêteurs que j’ai consultés: ils avaient tous entendu au moins une fois dans leur vie, lors de confessions criminelles, une personne dire: «C’est le diable qui m’a dit de le faire». Là, l’histoire commençait à prendre une dimension un peu plus surréaliste. Je tenais déjà une ébauche de personnage, j’ai commencé à bâtir son profil, mais le cadre était déjà tout trouvé: c’était le vrai Los Angeles. J’avais rencontré un «Brujo», un sorcier mexicain, à Boyle Heights qui m’avait dit que Los Angeles était en fait la terre du diable. D’après lui, la ville ne connaitra jamais la paix car son sol a été souillé par le sang et les larmes. Il m’avait fait un historique assez conséquent que je relate d’ailleurs dans le troisième chapitre du Labeur du diable. Mais je suis allé plus loin en remontant jusqu’au début de l’humanité. Depuis l’ère du Crétacé, Los Angeles n’a cessé d’être la terre des prédateurs les plus hostiles. C’est même là-bas que l’on a historiquement recensé les premiers cas de cannibalisme. Au fil du temps, le territoire a toujours été marqué par la violence et c’est cet historique qui m’a aidé à développer la teneur du Labeur du diable.
Toujours dans l’optique d’en faire un film?
Oui. Une fois fini, le traitement est resté longtemps dans le tiroir, jusqu’à ce que Fabrice du Welz revienne vers moi. Au moment du bouclage de Message from the king, il avait reçu plusieurs propositions grâce à la bienveillance de Chadwick Boseman, mais aucun projet ne lui convenait. C’est alors qu’il m’a demandé si je n’avais pas un projet situé à Los Angeles que l’on pourrait faire à l’arrache. On avait toujours une revanche à prendre sur Colt 45, même si on avait aussi travaillé ensemble sur d’autres projets qui ne se sont pas faits pour des raisons diverses. J’ai ressorti le traitement ciné du Labeur du diable et il a eu immédiatement le coup de foudre. On voulait le faire et on a fait la tournée des producteurs mais quasiment tous ont voulu en faire un film d’action alors que ce n’en était pas un. C’était un film «character-driven», pas «action-driven». Il avait une teneur dramatique conséquente. Ce n’était pas un récit superficiel. C’était comme si on nous avait demandé de transformer Taxi driver en film d’action! Tout le monde était dérangé par le côté sombre et violent. Ils nous disaient «Taxi driver était faisable dans les années 70, mais plus aujourd’hui». On a fini par passer à autre chose et repartir sur d’autres projets. Jusqu’à ce qu’un concours de circonstances fortuit me fasse retrouver Olivier Jalabert, un ami de 30 ans, qui venait d’être promu patron du pôle comics chez Glénat. Il m’a fait remarquer que je n’avais pas écrit de scénario de BD depuis longtemps et c’est vrai. Mon premier scénario adapté fut pour la BD: le troisième volet du Bal de la sueur pour Riff et Cromwell. Il a demandé à lire Le labeur du diable et il a dit oui tout de suite. Les conditions me convenaient et j’ai signé. C’était le jour et la nuit par rapport aux démarches auprès des producteurs de film. Là, c’est lui qui est venu vers moi et il a été emballé par ce que je lui proposais. Il m’a laissé une liberté de manœuvre totalement incroyable. Au lieu de faire ce qui se fait actuellement, c’est-à-dire transposer une BD au cinéma, j’ai fait l’inverse parce que la BD offrait justement des conditions que le cinéma n’était plus apte à nous offrir.
Comment les choses ont-elles évolué dans cette direction?
Prenons l’exemple de Steve Niles, un très bon scénariste de BD que j’avais rencontré à l’époque où il faisait la promo de 30 jours de nuit. Il m’avait dit qu’à la base, c’était un projet cinéma qu’il avait proposé partout, mais aucun studio n’en voulait, pour les raisons les plus invraisemblables. Il a donc décidé de transposer le scénario en bande dessinée, ça a fait un carton. Et là, tous ceux qui avaient refusé son projet pour le cinéma se sont battus pour optionner sa BD! Il a fini par signer avec Sam Raimi comme producteur parce qu’ils avaient la même sensibilité. C’était il y a 20 ans, mais les choses ont encore changé depuis. Godard avait dit un truc très juste autrefois, c’est que la télé fabrique de l’oubli, alors que le cinéma fabrique des souvenirs. Aujourd’hui, c’est devenu l’inverse. La télé produit des choses plus mémorables que le cinéma. Par contre, de son côté, la BD est restée la même: elle n’a pas cessé un seul instant d’imprimer du rêve et d’aller là où les autres ne vont pas. Et c’est pourquoi justement, j’ai pu faire exister Le labeur du diable. En étant libéré de toute contrainte, on peut tout faire et c’est assez étonnant. Et il y a toujours de grands auteurs de BD, alors que le cinéma a tendance à étouffer les scénaristes à force de formatage. Aujourd’hui, même si on fait des adaptations ad nauseam de BD, c’est surtout pour le jeune public. Ceux qui regardent un produit Marvel à la télé ne vont généralement pas découvrir le comics dont il est tiré. Alors que quand j’avais découvert The crow d’Alex Proyas à l’époque, je suis allé immédiatement acheter le comics dont il était tiré. C’était un sacré film et, à l’époque, un des rares cas de bonnes adaptations de BD au cinéma. The crow est percutant tout en restant minimaliste avec un budget très modeste. Aujourd’hui, ce n’est plus pareil. Les studios enflent les budgets indéfiniment et tout part en couille. La norme actuelle pour une adaptation de BD, c’est 100 millions de dollars. Et là, on voit le cinéma passer de David à Goliath. Le cinéma, je l’ai toujours aimé quand c’était David, mais jamais quand c’était Goliath. De temps en temps, je veux bien. Mais quand on ne fait que ça, ce n’est pas possible.
Quand on lit Le labeur du diable, on est quand même frappé par sa noirceur. Est-ce que le traitement original pour le cinéma était allé aussi loin?
Absolument pas. Et c’est d’ailleurs ce qui avait choqué Fabrice. Mais quand je dis choqué, c’était dans le bon sens. Il avait été le premier à lire la BD et il a pu prendre une mesure concrète de son évolution depuis sa forme initiale. Fabrice est quand même assez rentre-dedans. Mais il m’a pourtant dit qu’il n’aurait jamais pu imaginer un récit aussi violent même si on lui avait laissé les mains libres. Il me l’a dit clairement: «T’as bien fait d’avoir transformé le projet en BD car on n’aurait jamais pu en faire le quart au cinéma»!
Du coup, la BD devient une solution de rechange, mais il semble que le phénomène s’amplifie.
Malheureusement, ça devient fréquent ce genre de cas où quelqu’un essaie de faire des films avec l’ambition de sortir des sentiers battus, avant de se heurter au mur des décisionnaires. Soit c’est trop violent, soit c’est trop long, soit c’est trop cher. On est nombreux dans ce cas. Récemment, Xavier Gens a transformé son projet Vanikoro en BD alors que c’était à la base un projet pour La Petite Reine qui n’avait pas pu être monté car il était trop cher. Quand Roger Avary m’avait contacté pour l’aider à développer un projet assez difficile pour le cinéma, je lui ai suggéré de l’adapter en BD et je l’ai ramené chez Glénat. Le camarade Marc Caro est lui aussi revenu à la BD. Même Tarantino s’y est mis car la BD lui permettait de continuer l’aventure Django Unchained en faisant des crossovers incroyables, comme Django rencontre Zorro, qui auraient été difficiles à faire au cinéma. Frank Miller a réadapté en BD ses scénarios pour Robocop 2 et 3 qui avaient été complétement réécrits pour le cinéma. On peut également citer les Wachowski qui s’étaient tournées vers la BD pour développer des projets qui, sous une forme ciné, étaient jugés trop abscons. Elles ont bien fait de s’associer avec Geof Darrow pour faire Shaolin Cowboy. Ça n’aurait pas pu se faire au cinéma. Difficile aussi de ne pas parler d’Alejandro Jodorowsky qui est un cinéaste culte, mais davantage apprécié comme auteur de bande-dessinée. La BD lui avait permis de créer les choses comme il le souhaitait et surtout de rompre avec la frustration de ses aventures cinématographiques. Mais le balancier revient, puisque L’Incal devrait être adapté au cinéma par Taika Waititi.
Le labeur du diable est en deux tomes. Est-ce qu’il a été conçu de cette façon dès le départ?
Absolument pas. C’est venu en cours de route. Je me suis dit pourquoi m’astreindre aux limites de la narration cinéma? Tant qu’à faire, pourquoi me limiter à un tome, sachant que ça devait quand même être un gros pavé? Donc, autant aller jusqu’au bout pour donner un peu plus de hauteur à tout ça. Quand j’ai rencontré Oliver Stone, il m’a dit à propos d’Alexandre à quel point il avait regretté de ne faire qu’un seul film. Si c’était à refaire, il aurait lutté davantage pour pouvoir faire deux films, et ses arguments m’ont aidé à trouver les miens. A mon rendez-vous suivant avec mes éditeurs, je leur ai dit que je prenais énormément de plaisir à écrire le scénario, et j’ai amené l’idée de le faire en deux tomes parce que ça me permettrait d’apporter un certain nombre de choses en plus. Quand ils ont réalisé que c’était viable, ils ont accepté et ça m’a rassuré: je pouvais y aller.
Comment la structure s’est-elle mise en place?
Parmi les films qui m’ont influencé, il y avait le magnifique La vengeance est à moi de Shohei Imamura avec Ken Ogata qui narre la cavale d’un tueur en série. Je trouvais intéressant de m’inspirer de ce genre de récit criminel pour la première partie, qui permet de s’attarder sur le personnage et de le connaître, pour ensuite muer le récit en une chasse à l’homme semblable à celle d’Il marchait la nuit d’Alfred Werker où l’on adopte la perspective des policiers qui le traquent tout en jonglant avec le point de vue adverse qui est celui de Webster. Ça me permettait aussi de montrer d’autres choses, comme le fonctionnement de l’appareil policier à Los Angeles que je connais bien pour avoir passé un temps conséquent avec eux.
Les détectives Choi et Derkaoui sont inspirés de personnages réels?
Oui. Quasiment tous les personnages de policiers du Labeur du diable existent vraiment. Pour la plupart, j’ai même pu utiliser leurs visages, leurs physiques et même leurs noms. Aussi, un truc m’avait marqué pendant que j’étais en train de travailler sur Stark. J’ai eu cette rencontre assez drôle, dont j’ai parlé dans les bonus où on m’a pris pour un policier. On m’avait dit que c’était monnaie courante d’avoir un sosie dans les forces de l’ordre et ça a toujours donné lieu à des quiproquos. D’où l’idée d’utiliser mon double. Le thème du double est d’ailleurs le cœur dramatique du récit: Webster vole l’identité d’un policier. C’était donc l’occasion idéale pour mettre mon propre double dans la BD. Je l’ai même nommé Derkaoui, qui est le nom de jeune fille de ma grand-mère. Et puis ça me permettait de rompre avec cette habitude qui veut qu’au cinéma ou à la télé, un policier du LAPD est soit blanc, soit noir ou latino alors que Los Angeles est beaucoup plus cosmopolite. Il y a énormément d’enquêteurs qui sont d’origine asiatique et arabe. Et, surtout, grâce à la BD, je pouvais me permettre d’avoir un policier coréen et un policier algérien. Au cinéma, les exécutifs m’auraient immédiatement fait chier en me disant qu’il n’y a pas de têtes d’affiches viables pour ces rôles-là.
Le second tome est prévu pour quand?
Il sera disponible en 2023. On l’espère en tout cas. Ça va aller très loin, on va suivre les personnages de Choi et Derkaoui, en même temps que le parcours de Webster, mais surtout, on va voir les conséquences des actes de Webster. Ça va prendre des proportions affolantes. La poudrière va exploser d’une façon assez grave et Los Angeles va être dévorée par les flammes! Et puis ça permet de revenir sur tous les faits qui se sont produits ces dernières années, à la suite de l’affaire George Floyd.
Quelle était l’intention derrière le cahier bonus, particulièrement fourni?
Généralement, quand il y a des bonus, à la fin d’un album comme celui-là, c’est toujours la même chose: des esquisses, des brouillons. Ça m’a toujours gonflé. En offrant autre chose, je pouvais aussi convoquer ma cinéphilie, qui se définit par le partage, mais je laisse aussi s’exprimer le fan de Comics, le fan de littérature, le fan de musique. Je voulais offrir au lecteur ce que moi-même j’aurais adoré trouver à la fin d’un album. J’aurais trouvé ça super qu’Alan Moore, Frank Miller ou Geof Darrow se lâchent à la fin d’un album en écrivant sur les œuvres ciné, littéraires et musicales qui les ont influencés. Ça permettrait d’apprécier davantage ce qu’ils ont fait et de faire durer le plaisir suscité par leurs œuvres. Donc je parle des films, des livres, des comics et des albums que j’avais en tête. Si on prend la plupart des films que j’ai recensés, ce ne sont pas des films lambda. Ce sont des films parfois obscurs qui permettent de redécouvrir des cinéastes influents comme Juan Bustillo Oro, ou des films méconnus comme Without a map d’Hiroshi Teshigahara. Pareil, dans la partie comics et littérature; j’ai essayé d’attirer l’attention sur des titres peu connus. Pour la musique, j’ai pu faire d’une pierre deux coups en écrivant sur Johnny Cash que j’ai toujours adoré et de souligner son importance à l’échelle de la rue à Los Angeles. Il fédère tout le monde: les flics comme les voyous. Et ces derniers le voient même comme un Saint Patron, ce qui est incroyable. Et, surtout, je voulais racontait le making-of car c’était une sacrée aventure qui a même failli me coûter la vie! J’étais immergé dans les pires milieux avec les flics et les voyous et on s’est retrouvés dans des situations extrêmement dangereuses. Il fallait que j’en fasse profiter le lecteur.
Il y a aussi une partie hommage…
Je tenais à rendre hommage à tous ceux qui ont exercé une influence capitale, certains directement d’autres indirectement. Quand je parle d’Edward Bunker, j’évoque aussi le jeune garçon que j’étais quand j’ai découvert la littérature à travers ses écrits et à quel point ça m’a bouleversé et façonné en tant qu’auteur. Et puis surtout, si je n’avais pas commencé à travailler sur Stark, je n’aurais jamais eu l’idée du Labeur du diable. Il fallait aussi que je rende hommage à Chadwick Boseman qui était un homme remarquable. Sans sa bienveillance, Fabrice ne m’aurait jamais demandé de sortir du tiroir ce projet-là. Quant à Tony Scott, il a toujours été une influence majeure, mais en l’occurrence, l’idée du Labeur du diable est arrivée littéralement dans les semaines qui ont suivi sa mort. Il fallait que j’en parle, ainsi que de la relation que j’ai avec mon oncle Jack a été trop importante pour ne pas en parler. Le labeur du diable est un des derniers projets sur lesquels on avait collaboré ensemble avant sa mort. Et je tenais aussi à donner la parole à mon conseiller technique de toujours, Jimmy, car la BD n’aurait pas existé sans son concours. J’ai été son ombre et il a été la mienne. J’ai approfondi mes connaissances de la ville grâce à lui. Los Angeles n’a aucun secret pour lui. Je n’aurais jamais pu aller là où les autres ne vont pas sans lui. Et Bobby également… Et plein d’autres aussi! Merci à eux tous!
Pas de regrets?
Juste une chose qui n’a pas survécu, alors que j’avais une liberté totale. J’avais utilisé une citation du Soleil et l’acier de Yukio Mishima pour approfondir la métamorphose de Webster au chapitre 5. Ce dernier est un personnage profondément éduqué et intelligent qui ne peut que vouer un culte à un auteur comme Mishima. Ce sont d’ailleurs deux hommes qui ont fini par être engloutis par leurs parts d’ombre. On voit dans la bibliothèque de Webster les livres qu’il lit quand il se métamorphose, en adoptant l’identité de ce policier dont il a trouvé le sac. C’est la ferveur martiale et l’esprit macabre du Soleil et l’acier qui va le stimuler, ainsi que la partie fétichiste du livre sur la portée symbolique de l’uniforme. Les héritiers de Yukio Mishima avaient été contactés par l’intermédiaire de Gallimard pour utiliser les extraits. Ils m’ont donné leur accord pour ensuite se rétracter à la dernière minute alors que nous étions à l’impression. Ils n’ont jamais signifié le motif de leur rétractation, ce qui m’a davantage irrité. Cette mésaventure a impacté la sortie initiale du livre qui a dû être reporté. J’étais très en colère. Donc, à mon grand regret, j’ai été obligé de retirer les extraits, heureusement sans aucune incidence sur la narration.
