Le film d’horreur X vient à peine de poser ses bagages sur les plateformes vod (du moins aux States puisque le film vient de sortir en salles chez nous) que le réalisateur Ti West nous en balance une bien bonne: un prequel à son slasher libidineux pointe le bout de son nez, en attendant la suite intitulée MaXXXine. Que vaut ce nouvel volet, soutenu haut et fort par Martin Scorsese?
Piégée dans la ferme isolée de sa famille, Pearl doit s’occuper de son père malade sous le regard autoritaire de sa mère dévote. Désireuse de mener une vie glamour comme elle l’a vu dans les films, Pearl voit ses ambitions limitées… ce qu’elle n’apprécie pas du tout! Alors, commençons notre critique de Pearl par un carton rouge. Spécialiste de la survente, A24 s’est manifestement frotté les mains en comprenant le délire poupées russes de Ti West (un second épisode surprise qui est en réalité un prequel du premier et un troisième volet en cachette…), ventant ainsi au spectateur les mérites d’une production Walt Disney déviante. C’est bien, mais rien, absolument rien, n’excuse un fait regrettable (et ne venez pas dire que vous n’avez pas été prévenus!): TOUT le film est dévoilé dans le trailer (que votre serviteur prudent et très au fait des manipulations marketing de la boîte a préféré zieuter bien après la projection). En somme, le fabricant de hype est définitivement devenu un peu trop confiant en ses produits. Mais passons…
Pour ce qui est du produit final, on y découvre donc l’origin story de la mystérieuse tueuse de X, la pas si précieuse Pearl (Mia Goth, vous avez déjà compris le principe), fermière malgré elle et danseuse déchue dont on tente d’expliquer tant bien que mal les appétits pour les choses de la chair et le meurtre brutal. À la fin de la première guerre mondiale, la jeune fille s’ennuie dans son foin et n’attend que deux choses : le retour de son mari, parti au front, et une carrière de danseuse. Gavée de musicals qu’elle s’enfourne au cinéma du coin, elle s’en va chanter à veaux, vaches et cochons sa future destinée, quand elle n’en décape pas certains à coups de fourche. Coincée entre une mère acariâtre et un père paralysé, l’étoile pas encore née attend l’heure d’exploser…
Pimpé de couleurs vives et de décorations vintage comme ce très beau générique et un score de Tyler Bates qu’on croirait arraché à un film de l’âge d’or de Hollywood, Pearl fait incontestablement belle figure, mais on est un peu surpris qu’il ne transcende jamais totalement son dispositif de «femme-zinzin-qui-veut-tuer». Écrasée par le poids de ses ancêtres tels que Carrie, May et autres Baby Jane, la brave Pearl réussit quand même quelques moments de camp bien sentis (le «Please I’m staaaaaaaaaar» qui n’a pas manqué de devenir un meme dans la communauté gay), quand elle ne transforme pas ce mélo sirkien en boucherie à la Herschell Gordon Lewis. Mais ce qui manque indubitablement, c’est l’émotion, la surprise, la flamme: dans sa folie, Pearl est diablement balisé, à l’image de ce monologue de 8 minutes (!!!) où la brave Mia Goth se débat comme elle peut dans sa confession trop intime, mais échoue à créer tout effet de sidération en raison d’un texte bien plat (n’est pas Toni «fucking face on your face» Colette dans Hérédité qui veut). Pire encore, les nombreux non-dits (presque 60 ans séparent l’action de Pearl et celle de X) semblent plus tenir de la paresse que d’un profond désir de préserver son personnage. Dire que nous avons passé un mauvais moment devant Pearl est totalement faux. Simplement, l’imparfait X avait manifestement beaucoup plus de choses à dire… J.M.
1h 42min / Epouvante-horreurDe Ti West Par Mia Goth, Ti West Avec Mia Goth, David Corenswet, Tandi Wright |

1h 42min / Epouvante-horreur