Calé pour Halloween 2022 (du moins aux États-Unis via la plateforme Shudder), V/H/S 99 s’amuse du passage d’une décennie à une autre, avec les angoisses afférentes et la banalisation de l’objet caméra, quasiment à la portée de tout le monde. Les segments signés Flying Lotus et Joseph & Valerie Winter surnagent.
Rentable et facile à produire (en tout cas, on le suppose), la saga V/H/S semble bien partie pour ne pas s’arrêter, entre éclate à moindre coût pour petits réalisateurs confirmés et galop d’essais pour jeunes gremlins. Mais comme d’hab, c’est inégal. La preuve avec le dernier en date V/H/S 94 où le concept de la caméra subjective commençait gentiment à perdre petit à petit de son utilité. Arrivé pile pour Halloween 2022 (du moins aux States, kikoo), V/H/S 99 s’amuse assez efficacement du passage d’une décennie à une autre, avec les angoisses afférentes, bien entendu, et de la banalisation absolue de l’objet caméra, quasiment à la portée de tout le monde. Une bonne façon donc de relancer la machine, menacée d’essoufflement…
Dans le premier segment, Shredding, signé Maggie Levin, des skateurs/rockeurs montent leur propre émission, culminant avec la visite d’une salle de concert abandonnée. L’énergie déployée pour donner une forme très MTV-esque finit par se retourner contre ce slasher surnaturel très basique, à peine sauvé par le charisme trashouille de ses spectres punks. Même son de cloche pour Suicide Bid, de Johannes Roberts qui nous plonge dans l’initiation douloureuse d’une étudiante, littéralement enterrée vivante par ses camarades: l’idée a beau être zinzin, on ne croit plus au dispositif, désormais gadget et résolument encombrant. Le plus irritant du lot reste indéniablement The Gawkers, de Tyler MacIntyre, resucée à la sauce American Pie (c’était l’époque, me direz-vous) du segment de la harpie du premier V/H/S. Très embêtant.
Où est le chaos, où est la déesse folie me direz-vous? Eh bien, tout cela se niche le temps de deux segments incontrôlables et, il faut le dire, plutôt attendus au tournant: Flying Lotus filme dans Ozzy’s Dungeon la revanche d’une mama impitoyable sur l’animateur irresponsable d’un jeu télévisé pour enfants (façon Les mondes fantastiques, pour ceux qui s’en souviennent…). L’esthétique entre publicité Nickelodeon et vidéo cradro débouche sur un capharnaüm on ne peut plus inattendu. Tout à fait ce qu’on pouvait attendre du zozo coupable de l’hallucinogène Kuso. Et le meilleur pour la fin, avec le bien nommé To Hell and Back, soit le retour du tandem Joseph & Valerie Winter qu’on avait laissé sur le formidable Deadstream. La plongée en enfer, à la veille de l’an 2000, de reporters pas très dégourdis offre à nouveau un spectacle con, gore et parfois même ahurissant malgré le faible budget. Si le segment confirme le talent du couple fifou, on demande désormais à voir ce qu’ils valent sans caméra subjective. J.M.
