Dans les années 80, à Barcelone, Clara, une jeune femme ingénieure et indépendante, tombe enceinte et donne naissance à Juan, un enfant autiste. Elle abandonne travail et amis, consacrant exclusivement sa vie à son fils, s’enfermant avec lui dans la maison… jusqu’à ce qu’un ami s’inquiète de la situation.
On l’a connue égérie almodovarienne et épouse bi-gou chez Balasko, mais on le sait bien ici au Chaos, Victoria Abril cache un formidable jeu de cartes dans une filmo constellée de films étranges et rares, dont beaucoup aujourd’hui quasi disparus. L’Étrange Festival s’en est bien souvenu avec une rétrospective fort bienvenue, qui s’est ouverte avec Cambio de Sexo, un des rares titres des 70’s à aborder frontalement la transidentité en évacuant les idées reçues grotesques ou malsaines de son temps. L’autre moment fort de ce cycle fut Mater Amatisima, devenu invisible après son passage à la Quinzaine des réalisateurs en 1980.
À peine âgée de 17 ans, Queen Victoria devait y composer un rôle mature et particulièrement retors, celui d’une jeune mère célibataire sombrant dans la démence en raison de son incapacité à élever son fils autiste. Les méconnaissances médicales empêchent à la maman affolée de se projeter: vivre avec un enfant qu’on ne comprend pas ou accepter de le transformer en légume dans un hôpital psychiatrique? Esquivant rigoureusement la case du mélo familial, Mater Amatisima porte indéniablement en sous-marin la marque de Bigas Luna, qui laissait transparaître dans sa plume une crudité toute provocatrice, les rapports mère-fils étant teintés de relents incestueux particulièrement troubles. Une approche rugueuse trouvant un baume réparateur dans l’utilisation incroyable du Ignacio de Vangelis (entendu déjà dans Entends-tu aboyer les chiens? en 1975), sorte d’incarnation suprême de la mélancolique qui donne l’impression de voir les étoiles s’éteindre une à une.
Les images tremblotantes d’un tube cathodique crachant des passages de Frankenstein ou de Pinocchio prennent des airs de projections mentales fiévreuses, jusqu’au final évoquant justement le tout récent La Piedad. Comme c’est curieux… Mêlant habilement âpreté et tendresse, le projet surprend jusque dans la modernité de son traitement puisque le personnage de l’enfant n’est pas incarné par un gosse en plein exercice de mimétisme: le petit Julito de la Cruz était lui-même était autiste, obligeant alors, de par son caractère imprévisible, une forme d’improvisation sur le tournage. Une expérience qui, au dire de son actrice principale, fut particulièrement bénéfique pour le garçon. Doux chaos, you know… J.M.
DrameDe José Antonio Salgot Avec Victoria Abril, Carmen Contreras, Carlos Lucena |

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