Have Hold Take (D.C. Hamilton, 2022)
Présenté en première mondiale au BIFFF, Have Hold Take est à éviter comme la peste. Son jeu d’acteur calamiteux l’apparente à un exercice d’étudiants en 1ʳᵉ année de l’ESRA et il accumule les poncifs, en mettant en scène le duel entre deux psychopathes unis par les liens du mariage. Désolé, mais faire constamment apparaître l’enfant qu’était un des tueurs, pour mieux lui bousiller le cerveau et démontrer son instabilité (oui, on parle bien de la «petite voix dans sa tête»), est tout bonnement insupportable. En plus, le môme passe l’entièreté du film à jouer du piano (d’une blancheur écarlate, sans doute pour symboliser la pureté de l’enfance)… Ce n’est pas mieux quand D.C. Hamilton se vautre dans une forme de théâtralité très peu à -propos, en choisissant de faire déclamer son texte par son actrice principale (Brinna Kelly), comme si elle se produisait sur la scène d’un cabaret. Elle s’adresse à ses ex-maris, qui n’en demandaient pas tant. Et nous avec.
No Looking Back (Otorvi i Vybros, Kirill Sokolov, 2021)
En 2018, Kirill Sokolov avait bluffĂ© son monde avec le furieux Why Don’t You Just Die! (Papa, Sdokhni), qui Ă©tait vite devenu une «bĂŞte de festivals». HĂ©las, il est très loin de transformer l’essai avec No Looking Back. Que Sokolov ait choisi de se dĂ©tourner de l’hystĂ©rie caractĂ©risant sa prĂ©cĂ©dente rĂ©alisation, certainement pour recentrer encore plus son cinĂ©ma sur les personnages et quelque chose de plus intimiste, est lĂ©gitime et mĂŞme salutaire. Mais ici, il Ă©choue sur tous les fronts. On ne s’attache pas un seul instant Ă la fuite Ă©perdue d’une gamine en avance sur son âge (Sofya Krugova a pourtant une frimousse attachante) et de sa mère irresponsable (Viktoriya Korotkova), fraĂ®chement sortie de prison, qui se rĂ©fugient dans les bois. Elles sont traquĂ©es par la grand-mère «à poigne» de la petite (Anna Mikhalkova est une force de la nature), prĂŞte Ă piĂ©tiner sa propre fille – voire pire – pour rĂ©cupĂ©rer l’enfant, accompagnĂ©e de son ancien gendre (Aleksandr Yatsenko), un flic aux mĂ©thodes pour le moins douteuses. CensĂ©ment trĂ©pidantes, leurs pĂ©ripĂ©ties et les outrances grotesques qui s’ensuivent tombent Ă plat. Le fait que No Looking Back ait Ă©tĂ© projetĂ© en fin de festival n’a sans doute rien arrangĂ© (la fatigue accumulĂ©e Ă©tait trop consĂ©quente).
Redemption of a Rogue (Philip Doherty, 2020)
On croise rĂ©gulièrement des pĂ©loches de ce type au BIFFF et il leur arrive d’apparaĂ®tre au palmarès (tiens, d’ailleurs, Redemption of a Rogue a reçu une mention spĂ©ciale, dĂ©cernĂ©e par le jury du White Raven – anciennement, la compĂ©tition du 7th Orbit): des comĂ©dies noires made in UK (Redemption of a Rogue est irlandais), basĂ©es sur des situations absurdo-comiques: ici, deux frères ne pourront enterrer leur père que lorsque la pluie s’arrĂŞtera de tomber… mais il pleut Ă verse depuis des jours. Les auteurs y mĂŞlent souvent les accents chantants et des personnages un chouĂŻa marginaux, mais attachants. On finit par connaĂ®tre la musique, avant mĂŞme qu’elle ne soit jouĂ©e… Redemption of a Rogue n’est pas assez singulier que pour attirer durablement l’attention et son mĂ©lange tonal  – on passe très vite d’une atmosphère de deuil au rire ou Ă la romance – est en dĂ©finitive plutĂ´t fade. C’est dommage, car l’histoire d’amour naissante entre Masha (Aisling O’Mara) et Jimmy (Aaron Monaghan), deux Ă©corchĂ©s de la vie, est parfois touchante.
Inu-Oh (Masaaki Yuasa, 2021)
De Yuasa, on aime Ă se remĂ©morer le foutraque, survoltĂ© et crĂ©ativement foisonnant Mind Game (2004). Inu-Oh, son dernier manga en date, suscitait des attentes pour le moins Ă©levĂ©es. Mal nous en a pris, puisque après Ă peine quelques minutes, on se retrouve noyĂ© dans un rĂ©cit qui paraĂ®t n’avoir ni queue ni tĂŞte (heureusement, quelques Ă©lĂ©ments font sens bien plus tard), puis assommĂ© par l’abondance de chansons rock grandiloquentes, qui feraient passer Queen pour Joy Division. Que retenir de ce maelström – Ă©reintant – d’images et de sons? Ă€ coup sĂ»r, des tas de concepts frappadingues, une grande inventivitĂ© visuelle et de pures visions psychĂ©dĂ©liques, qui justifieront sans doute une seconde vision. Peut-ĂŞtre que le BIFFF aurait dĂ» distribuer des buvards de LSD au dĂ©but de la sĂ©ance? A.D.
