Des « video nasties » à « A Serbian Film », une masterclass sur la « Censor Culture » au BIFFF 2022

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Animée avec brio par Kamal Messaoudi (un des tauliers de la chaîne YouTube Zone Geek), la master class dédiée à la censure au cinéma a tenu toutes ses promesses. Elle était articulée autour des expériences personnelles de trois cinéastes – présents au BIFFF pour l’occasion – et a pris la forme d’une discussion à bâtons rompus. Par conséquent, la richesse des anecdotes a pris le pas sur le détail des obligations censoriales, tout autant que sur l’évolution des mécanismes de censure en lien direct avec l’air du temps (vous voyez très bien où je veux en venir).

Ainsi, on retiendra que Srdjan Spasojevic s’était attelé à plusieurs montages de A Serbian Film (Srpski Film, 2010) en fonction des pays où il était diffusé – que ce soit en salle ou en festival – et qu’il n’aurait été projeté en version totalement uncut qu’en Serbie (du moins, selon les dires de Spasojevic). Étonnamment, ce qui gênait les censeurs était encore plus spécifique que la violence, le sexe ou la nudité: il s’agissait du mélange épineux entre des plans impliquant des actes sexuels (même simulés) et d’autres avec des enfants. La sanction tombait, même si ces éléments n’étaient pas présents à l’image de manière simultanée et que ces plans se suivaient à la faveur d’une coupure ou d’un raccord, par la grâce du montage. Lorsque Spaso’ nous a montré les séquences modifiées, il était un peu cocasse de se rendre compte qu’en l’état, elles étaient encore plus dérangeantes qu’auparavant. C’est ce qu’on appelle le pouvoir de l’imagination et la puissance du hors-champ.

De son côté, Xavier Gens a appuyé ses propos par un extrait du mal-aimé Hitman (2007). On lui avait alors demandé d’atténuer l’impact du meurtre d’un homme politique russe, abattu d’une balle en pleine tête par un sniper. Jugée trop gore, la représentation de l’assassinat a été adoucie au montage et rendue plus elliptique. Ironie de la chose, plus personne, dont Gens et Messaoudi, n’est parvenu à remettre la main sur la séquence censurée – supposément perdue – et c’est sa version intégrale qui a défilé sur l’écran.

L’impayable Jake West (Razor Blade Smile), à la dégaine tout droit sortie d’un clip de The Prodigy, est quant à lui revenu sur la période tumultueuse des Video Nasties au Royaume-Uni, à laquelle il a consacré plusieurs documentaires. À l’époque florissante de la VHS, cette liste d’œuvres infamantes et obscènes (les video nasties précitées), jugées contraires à la morale et susceptibles de corrompre la jeunesse, avait été publiée en juin 1983. Frappées d’interdiction, les vidéocassettes des longs-métrages pointés du doigt par les instances (à titre d’exemple, on y retrouvait Cannibal Holocaust, La Dernière Maison sur la Gauche… mais aussi Evil Dead) étaient saisies et certaines ont même carrément été détruites par le feu; une méthode qui n’est pas sans évoquer tout un pan sombre de notre Histoire moderne. Sur le sujet, (re)plongez-vous dans le tome 4 de la collection « Darkness, censure et cinéma » et tâchez de dénicher les docus de Jake West (on en dénombre quatre: deux sortis en 2010 – dont le réputé Video Nasties: Moral Panic, Censorship & Videotape – et deux autres en 2014). A.D.

PS. En bonus, octroyons des mentions spéciales aux stands de Thierry Papy et Richard Duquet, tous deux très (trop?) bien achalandés. Plein à craquer, l’espace réservé à Thierry (Impact Souvenir) proposait des tas de goodies et de figurines, relevant du merchandising de films, dessins animés et séries cultes. Celui de Richard offrait quant à lui des linéaires remplis de Blu-ray et DVD, parfois (souvent ?) rares et/ou collector. Mon banquier ne leur dit pas merci.

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