À l’heure où j’écris ces lignes, Freaks Out est sorti en Blu-ray/DVD depuis un petit temps et beaucoup d’entre vous l’ont déjà maté [Il était sorti en salle dans l’Hexagone, ce qui n’était pas encore le cas en Belgique – NDR], mais la meilleure manière de découvrir la fresque baroque de Gabriele Mainetti (On l’appelle Jeeg Robot) est sur grand écran. C’est là qu’est sa place et le BIFFF ne s’y est pas trompé.

Freaks Out parvient à concilier petite et grande Histoire en un équilibre assez miraculeux, aidé en cela par des décors grandioses (le cabaret de Franz et son antre en sont la parfaite illustration) et un production design d’une minutie maniaque, qui pourrait faire songer aux longs-métrages les plus réussis de Guillermo del Toro (on connaît leur richesse iconographique). Mainetti entraîne ses monstres de foire – des individus pourvus de dons particuliers, qui les placent de facto au ban de la société – dans une quête existentielle à travers l’Italie et l’Allemagne en guerre. Leur périple s’apparente à la fois à la recherche du Père (le meneur de revue de leur cirque itinérant, qui s’est évanoui dans la nature), d’un sens à leur vie et de leur Moi profond. Le voyage est long et Freaks Out s’en ressent parfois (il aurait sans doute gagné à être réduit d’une grosse vingtaine de minutes), mais c’est le prix à payer pour que les personnages se révèlent à eux-mêmes.

Finement caractérisés et bénéficiant presque tous de leur petit arc narratif, ils sont le socle du film et en constituent le plus grand intérêt. Parmi cette galerie de tronches, la plupart pittoresques, on retiendra la craquante Matilde (Aurora Giovinazzo, jusqu’alors abonnée aux séries et téléfilms italiens), fragile et investie d’un pouvoir énorme, qui la dépasse – on devine rapidement qu’elle détient une des principales clés du récit -, son amoureux (pas très) secret, l’albinos Cencio (Pietro, le fils de Sergio Castellitto, qu’on retrouve d’ailleurs dans plusieurs films de son paternel, comme À Corps Perdus et Venir au Monde), qui commande aux insectes et, surtout, le dignitaire nazi Franz, incarné par l’allemand Franz Rogowski. Ses traits marquants et son regard habité ne manqueront pas de titiller les plus cinéphiles, qui se souviendront sans doute de lui chez Michael Haneke (Happy End, 2017), Terrence Malick (Une Vie Cachée, 2019) ou encore Christian Petzold (Ondine, 2020).
Dans Freaks Out, il apporte toute la démesure nécessaire à son personnage de militaire contrarié (il est jugé inapte au combat), névrosé et jaloux de son frère haut gradé. Musicien de génie (on comprend vite pourquoi) et apprenti scientifique (il mène de cruelles expériences sur les freaks), Franz est assailli par des visions de l’avenir, sous l’effet de la drogue. Le film de Mainetti est à son image: exubérant, souvent loufoque et d’une passion débordante. Forza Italia. A.D.
| 30 mars 2022 en salle / 2h 21min / Aventure, Drame, Fantastique De Gabriele Mainetti Par Nicola Guaglianone, Gabriele Mainetti Avec Claudio Santamaria, Aurora Giovinazzo, Pietro Castellitto |
