« Megalomaniac » de Karim Ouelhaj: portrait fascinant d’un tueur en série doublé de révélations fulgurantes

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Megalomaniac est une œuvre belge [cocorico! – ah non, pas de ça chez nous et le seum de la Coupe du Monde 2018 nous est passé depuis longtemps… c’est dit- Note d’Alan], librement inspirée de l’affaire du Dépeceur de Mons, qui avait terrifié la Belgique entre 1993 et 2003. Le tueur avait exclusivement assassiné des femmes, dont il avait découpé des parties du corps (des bustes avaient été retrouvés, ainsi qu’un bassin, une tête, un pied, des bras ou encore des jambes). Les restes humains avaient été jetés dans des sacs-poubelle, disséminés ensuite dans des lieux évocateurs (l’Avenue des Bassins, le Chemin de l’Inquiétude, etc.).

Karim Ouelhaj part de ce cas criminel pour dériver vers des représentations ouvertement fantasmatiques et dont l’impact horrifique peut rappeler celui d’œuvres moins récentes de Fabrice Du Welz (Calvaire et Alléluia en tête). On lui pardonne donc les apparitions dispensables et un peu ratées d’enfants entièrement couverts d’une substance noire (serait-ce une référence à l’abandon des sites industriels wallons, jadis riches de l’exploitation des charbonnages et du bassin minier?). Megalomaniac renvoie le reflet d’un quotidien grisâtre et morose, qui finit invariablement par déteindre sur ses personnages. Dans la défroque du serial killer, Benjamin Ramon (Yummy) impressionne: il a le bon goût de s’oublier, jusqu’à se perdre. Il a peut-être juste une «trop belle gueule» pour ce type de personnages, en dépit de son investissement sans faille, du maquillage et du changement de coiffure (une chevelure de jais, alors qu’il est habituellement d’une blondeur de surfeur). Pour le plaisir de chicaner, il aurait peut-être également dû ajouter quelques bourrelets à son physique très tonique, taillé à la serpe, qu’on imagine difficilement être celui d’un tueur en série.

L’accompagnent des comédien(ne)s que l’on n’oublie pas: le célèbre acteur flamand Wim Willaert (Ex Drummer, La Dernière Tentation des Belges), pour une fois dans un rôle un peu en retrait, Quentin Lasbazeilles (Sheitan) et son visage si atypique, ou encore Pierre Nisse (Laissez Bronzer les Cadavres, Witz). Ce dernier est glaçant dans un nouvel emploi de prédateur sexuel et d’homme détestable, dont la toxicité n’est plus à démontrer. Pour l’anecdote, Pierre m’a tué en parvenant à caser son fameux «Calippo à la viande» au détour d’une séquence, sans doute en partie improvisée (j’avais déjà entendu ces mots lors d’une soirée alcoolisée passée avec lui).

Cela étant, la vraie révélation de Megalomaniac est la géniale Eline Schumacher (auparavant, elle n’était apparue que dans un épisode de la série belge La Trêve, que je n’ai hélas pas vu). Elle confère à son personnage une sérieuse dose d’humanité, de fragilité et de folie, tantôt douce ou glaçante. Dans un monde idéal, son interprétation courageuse devrait fermer le bec à toutes les accusations d’approche masculiniste que certain(e)s ont voulu reprocher au film (cf. le questions/réponses qui a suivi la séance au BIFFF). Mais que voulez-vous, nous sommes en 2022: le monde devient de plus en plus complexe et chaotique (ça marche aussi avec d’autres mots en «ique»). A.D.

1h 40min / Epouvante-horreur
De Karim Ouelhaj
Par Karim Ouelhaj
Avec Benjamin Ramon, Wim Willaert, Pierre Nisse

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