« Sans filtre » de Ruben Östlund: la farce triste monde tragique ayant remporté la Palme d’or 2022

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Des influenceuses Insta commandant des plats uniquement pour les prendre en photo. Des gens friqués refusant d’adresser la parole au personnel qui nettoie leur bateau. Des rombières en tenue de soirée qui commencent des phrases avec des mots et qui les finissent avec du vomi… Oui, nous sommes bien dans le nouveau Ruben Östlund, satiriste des temps modernes devenu célèbre après son clivant The Square (palme qui divise toujours autant). La controverse Östlund ne sera pas réglée après ce Sans Filtre – titre français abscons qu’on préfère sous le beau titre originel Triangle of Sadness – qui élève encore d’un cran le théâtre des cruautés, avec des personnages plus “ça passe ou ça casse” que jamais (une misanthropie désormais bien connue qui empêchera certains spectateurs de pouvoir s’identifier à ces protagonistes en mode petits chevaux).

Après la Fashion Week, Carl et Yaya, couple de mannequins abonnés à la course aux likes, sont invités sur un yacht pour une croisière de luxe. Tandis que l’équipage est aux petits soins avec les vacanciers, le capitaine (qui lit Marx et qui cite Chomsky) refuse de sortir de sa cabine alors que le fameux dîner de gala approche. Une tempête se lève et vient mettre en danger le confort des passagers… Vous avez compris le principe de ce Titanic revu et corrigé par les Pinçon-Charlot: les hiérarchies s’inversent, les petites mains reprennent le pouvoir, tandis que les gosses de riche découvrent ce que c’est que de lutter pour obtenir un bretzel. Et pourquoi pas en faire des travailleurs du sexe, tant qu’on y est…

On connaît parfaitement la musique et on sait que Ruben n’a pas peur de pratiquer un cinéma qui filme toujours du même côté du manche, peu dispendieux en nuances. Ce n’est pas pour prendre sa défense, mais les mêmes critiques ne s’appliquent visiblement pas à des films «lance-flammes» que sont The Neon Demon – auquel le premier segment de ce Triangle, consacré à l’enfer de la mode, fait immédiatement penser – Phantom of the Paradise, Playtime, Salo ou Pleasure à qui on ne demande pas cette nuance (le projet esthétique semble même être de s’en affranchir). Le film d’Ostlund est certes moins flamboyant, mais nous avons quand même été séduits par son impolitesse (et par son goût – littéral – de caca). G.R.

28 septembre 2022 en salle / 2h 29min / Drame, Comédie
De Ruben Östlund
Par Ruben Östlund
Avec Harris Dickinson, Charlbi Dean Kriek, Dolly de Leon
Titre original Triangle of Sadness

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