Le réalisateur mexicain Alejandro González Iñárritu, prisonnier d’un premier film qui est aussi son meilleur (Amours chiennes en 2000, qu’il n’a cessé de décliner en films choraux à chaque fois plus lourds), revient avec Bardo, fausses chroniques de quelques vérités, un hommage intime façon Malick bourré à son pays, mêlé de visions oniriques. Un film de trois heures (!), diffusé par Netflix le 16 décembre, qui raconte dans un grand robinet d’images le départ d’un journaliste et documentariste mexicain, interprété par l’acteur Daniel Giménez Cacho. Décrit par son auteur comme « un miroir, une réinterprétation émotionnelle d’une mémoire », le voyage du journaliste sert de prétexte pour immerger le spectateur dans ses souvenirs, ses hantises, le passé comme le présent, avec sa violence. Avec des scènes oniriques, entre rêve et réalité, Bardo invite à entrer dans le labyrinthe de la mémoire, avec dès le début du film, le retour dans le ventre de sa mère d’un enfant qui ne souhaite pas vivre dans ce monde. C’est aussi un hommage aux grands noms du cinéma qui l’ont inspiré: Luis Buñuel, Federico Fellini, Alejandro Jodorowsky ou Roy Anderson. Un film fait, non pas avec la tête, mais avec le cœur, assure mordicus Inarritu, sept ans après avoir commis The Revenant qui piochait déjà beaucoup chez Tarkovski et Jodorowsky. A.V.
