[CHAOS LOCARNO] Découverte du choc comique « Gigi la legge » signé Alessandro Comodin

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Au programme aujourd’hui: une comédie italienne deliziosa, une virée aux Bains Douches et les conseils culinaires de la rédaction.

Alerte choc comique en compèt locarnoise (ou disons «tessinoise», pour les lecteurs scrupuleux qui nous reprochent parfois notre emploi très personnel de la langue française) avec une merveille de film signée Alessandro Comodin, déjà distingué par le Festival en 2011 pour son Eté de Giacomo (Leopard d’Or), et qui s’appelle Gigi la legge. Vous connaissiez la comédie italienne incarnée par les masques grinçants des Sordi et des Gassman, égrenant les contradictions d’un pays historiquement gouverné par la mama et l’Eglise et qui se retrouve du jour au lendemain propulsé sur les rails de la modernité industrielle (le fameux boom economico italiano). Voici la comédie italienne incarnée par des acteurs en chemisette estivale, n’ayant que faire des conventions que leur impose leur métier, profitant de longs plans-séquences pour entonner, au volant de leur voiture de fonction, d’irrésistibles tubes de variétoche italienne. Et ce… à l’italienne, bien évidemment (n’essayez pas d’interpréter Professionista nell’amore de Julio Iglesias si vous n’avez pas du sang latin dans les veines, ayons le courage de vous le dire).

Gigi est un policier cinquantenaire faisant le tour des pâtés de maisons dans une ville verte où, semble-t-il, il ne se passe jamais rien. Un jour pourtant, une fille se jette sous un train. Ce n’est pas la première fois. Commence alors une enquête downtempo sur cette inexplicable série de suicides où les courses-poursuites n’en sont pas et où Gigi la Legge (aka Gigi la loi) préfère utiliser son talkie pour séduire à distance la nouvelle recrue du commissariat central… Verbe haut, veulerie, hâblerie, dirigisme à l’encontre de ses subordonnés : Gigi l’amoroso coche toutes les cases du personnage pittoresque qui nous a tant fait aimer le cinéma italien, de Fellini à Risi. Le découvrir à une séance presse où les journalistes transalpins eux-mêmes pouvaient difficilement contenir leur rire n’a fait que contribuer à notre bonheur, nous faisant même oublier cet enquiquinant rhume lié à une climatisation des salles un peu trop prononcée: voilà en tout cas l’une des plus belles confirmations cinématographiques de l’année, et on vous voit mal résister au charme ravageur de cette chose étrange présentée comme un documentaire (on n’y croit pas une seule seconde). Shellac est aux ventes, mais on espère aussi qu’ils vont s’occuper de l’acheminement dans les salles françaises! [EDIT. Bonne nouvelle: Gigi La Legge sortira dans les salles françaises le 26 octobre]

Sinon, donnons-vous quelques nouvelles du cinéma français, avec notamment Stella est amoureuse de Sylvie Verheyde, qui suit les aventures d’une ado parisienne (Flavie Delangle) qui passe le bac à la fin de l’année, mais qui se moque pas mal des crayons à papier et autres protège-cahiers colorés, puisque nous sommes au mitan des années 80, que le Palace vient de fermer des portes, et que tout le monde est en train de migrer aux Bains Douches pour vivre ce qu’on ne nomme pas encore «le dernier âge d’or de la nuit Parisienne». Sur Antenne 2, Jacques Martin reçoit des enfants qui massacrent le répertoire tricolore, les cafés sont envahis par l’odeur de la clope (au moins la moitié du budget du film est partie là-dedans), et on écoute du New Order sans trop pouvoir définir avec précision quel genre de musique c’est. Stella a la particularité de parler peu – elle préfère danser – et de provenir d’un milieu plus populaire que ses petites camarades de classe, qu’on prépare déjà à intégrer la prestigieuse Ecole des fils à papa Alsacienne. Le film est assez curieux – on a d’ailleurs un peu de mal à prendre au sérieux les parents, joués par Marina Foïs (une tenancière de café over fardée) et Benjamin Biolay (en supporter du RC Lens divorcé… ben voyons!) – puisqu’en dépit de ce pitch vraiment peu original, on en garde quand même pas mal de choses.

Plutôt que nous en faire des caisses sur les passages obligés qu’impose d’ordinaire le genre – angoisse de l’oreiller, haute trahison amicale, altercation avec le professeur de chimie qui finit tout droit dans le bureau du proviseur – Sylvie Verheyde opte pour une structure mois attendue, ponctuée surtout par des longues séances de chorégraphies collectives en boîte, où on nous épargne (thank god) interminables rails de coke et autres injections hallucinées façon Requiem for a dream. La cinéaste cherche plus à capter un sentiment diffus que de coller à un cahier des charges Netflix, et c’est probablement ce qui rend le film plaisant. Emportés par la vague, nous nous sommes mis à opiner du bassin depuis notre strapontin, mais reste quand même une question en suspens: quand est-ce que le cinéma français se mettra à filmer autre chose que de très belles ados parisiennes – des Louise, des Prune, et autres prénoms bien sages – et ira puiser dans un imaginaire qui prend un peu ses distances avec les couv de Cosmo?

Julie Lerat-Gersant, réalisatrice de Petites, a justement cherché des tronches pour son premier long que sortiront nos amis de Haut et Court dans les mois à venir. Le parcours tourmenté d’une ado de 16 ans – Pili Groyne, que vous avez vue dans Alleluia et dans Le Tout Nouveau Testament – confrontée à une grossesse inattendue et qui se retrouve placée dans un centre maternel par le juge des enfants. Elle ne souhaite pas garder l’enfant, mais il est trop tard pour envisager l’IVG. Sevrée d’une mère aimante mais toxique (Victoire du Bois), elle se lie d’amitié avec Alison (Lucie Charles-Alfred), jeune maman immature, et se débat contre l’autorité de Nadine (Romane Bohringer), une éducatrice aussi passionnée que désillusionnée. Le film suit les relations hautement inflammables qui existent entre tout ce beau monde, pas vraiment aidé par des budgets locaux en berne. Petites se refuse pas mal à délivrer des messages, évite le moralisme moribond de Bigflo et Oli, et livre de bons numéros d’acteur, dirigés par une cinéaste qui a d’abord officié dans le théâtre. On a un peu peur du film Confessions intimes au début – caméra épaule brinquebalante, éructations vocales mimant le langage “vérité” des déshérités, portes-qui-claquent-fort que notre cinéma naturaliste français chérit tant -, mais Petites évite avec brio les nombreux écueils qui l’attendaient au tournant. En lieu et place du lourd pensum militant, on assiste plutôt à un subtil traité des passions humaines, avec quelques répliques cinglantes qui devraient rappeler des choses à nos lecteurs en délicatesse avec leur aïeux. On a vu le film il y a deux jours, et on peut déjà vous dire qu’il vieillit bien.

PS. Parce qu’on est sympa, on vous a quand même pris en photo la carte des cocktails Campani – impossible de boire autre chose sur place, la marque milanaise ayant pris d’assaut la ville – pour vous préparer de délicieux breuvages maisons en ce mois d’août.

PS2. Et tant qu’on y est, voici une petite recommandation lecture, tiens:

 

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