[BOWLING SATURNE] Le grand retour (en forme) de Patricia Mazuy à Locarno

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Entre deux séances et barbotages à la piscine pour faire oublier les 34 degrés quotidiens, notre critique express du nouveau film de Patrica Mazuy, Bowling Saturne, découvert en première mondiale à Locarno.

Chaos chaos en compèt à Locarno: après le très beau La Nuit du 12 (lire notre package d’entretiens ici et ), voilà qu’un autre film noir français vient postuler à une place dans vos tops 10 de fin d’année! On doit vous confesser que Paul Sanchez est revenu nous avait totalement laissés (et lassés) de marbre, mais l’heureuse nouvelle italo-suisse est que notre Patricia signe son grand come back avec un film où la violence est prête à surgir de chaque plan, et où les petites incursions amoureuses semblent constamment contrariées par un primitivisme noir que n’aurait pas renié Lars von Trier!

À la mort de son père, Guillaume (Arieh Worthalter), un policier qui a le vent en poupe, hérite d’un bowling souterrain dans une ville française non précisée qui sent le bitume grisou et où on se déplace uniquement en voiture pour aller chercher son pack de 6 à l’Intermarché du coin. Guillaume n’a pas l’intention de prendre en charge ce lieu mystérieux qui abrite bien des secrets de famille – notamment un appartement privé accessible depuis l’ascenseur – il en confie la gestion à son demi-frère Armand (Achille Reggiani), un BB brut d’un mètre 90 qui officie comme vigile et qui paraît totalement dans les choux. Devenu du jour au lendemain big boss du lieu, ce marginal impose peu à peu ses règles (chelou) et se met notamment à dos les amis de son défunt patriarche, une horde de chasseurs-squatteurs qui est là depuis une plombe et qui n’a pas envie qu’un héritier au costume trop grand pour lui leur impose sa loi…

ll se passe encore bien des choses étranges dans le film – mais il faut déjà prévenir nos lecteurs s’ils ne veulent pas se faire spoiler tout le machin et manquer d’être surpris comme nous le fûmes lors de cette première mondiale: FUYEZ LE DOSSIER DE PRESSE, LA BANDE-ANNONCE, ET LES COMMENTAIRES SENSCRITIQUE QUI NE MANQUERONT PAS DE VOUS DÉFLORER TOUT ÇA. Allez-y en portant un regard vierge, primitif encore une fois, terme qu’adore employer la réalisatrice du divin Travolta et moi (que nous avons pour l’occasion interviewée, avec un entretien à paraître… quand nous aurons le temps de retranscrire la bande magnétique de notre K7 audio).

Sachez juste qu’une série de meurtres s’abat sur la ville et que l’enquête va prendre une allure métaphysico-seventies en servant de révélateur à nos deux héros, alimentée par cette sainte alliance qui fait le sel des meilleurs thrillers (pas étonnant que ce soit des titres de films hein!): l’obsession et la pulsion. Notre Mazuy descend quelque part où elle ne s’était pas encore aventurée, dessine un monde où les Homo sapiens sapiens ne se comprennent plus, incapables qu’ils sont de lâcher leurs rites ancestraux ou leur servile inclinaison pour l’ordre et la hiérarchie d’uniforme.

Dans ce théâtre d’ombres où la tragédie grecque n’est évidemment pas loin (un héritage maudit, une lutte à mort pour un territoire, une romance qui inverse l’injonction Orphée: retourne-toi ma petite, il y a un malade mental derrière toi!!!!!), personne ne sortira vainqueur. Sauf peut-être le spectateur, tout heureux d’avoir assisté à un film allant aussi chercher ses pilotis du côté du western et du film de commissariat melvillien, et qui offre à deux actrices que nous ne connaissions point (Y Lan Lucas et Leïla Muse) deux rôles discrets mais déments. Vous en saurez évidemment plus quand notre tape-recorder aura séché après son plongeon inopiné dans la piscine de l’hôtel! G.R.

Bowling Saturne de Patricia Mazuy sort en salles le 26 octobre 2022

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