« Veneciafrenia » de Álex de la Iglesia: ¡una catástrofe!

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Sorti en avril en Espagne après une première mondiale à Sitges et une tournée dans divers festivals, Veneciafrenia d’Álex de la Iglesia, pourtant coscénarisé avec son fidèle Jorge Guerricaechevarría, atterrit directement sur Amazon en VOD. Est-ce mérité? Hélas, oui…

Avec le lancement timide de The Fear Collection, dont on perçoit à l’horizon Jaume Balaguero et son futur Venus, sans compter le reboot de Historias para no dormir (le twilight zone ibérique) ou le petit feu de paille de Abuela, de Paco Plaza, le message semble clair: le cinéma fantastique espagnol veut retrouver sa gloire passée. Nous, on lui souhaite bonne chance, on s’assoit et on regarde. Réfugié définitivement dans la comédie noire après Balada Triste (son film somme dont il ne se relèvera probablement jamais), Álex de la Iglesia a vu son Veneciafrenia connaître quelques chemins de traverse avant d’être lâché sur Amazon, comme un présage de mauvais augure en bonne et due forme. Si les films de genre et autres thrillers en milieu vénitien ne manquent pas, rares sont ceux ayant utilisé le carnaval de Venise comme point d’ancrage esthétique. L’occasion est d’or pour Álex de la Iglesia, qui en profite pour bifurquer vers le giallo (cf le générique façon bande dessinée 70’s, d’ailleurs affreusement laid…) et plus éperdument encore vers le slasher. Au fond: l’évidence même…

Mais dès la première mise à mort (un touriste éclaté par un bouffon sous les yeux des badauds armés de leur smartphone), on tique: Veneciafrenia ne sera ni beau, ni spécialement bien filmé (la caméra tremblotante/clipesque des 2000’s: go home!), ni franchement bien photographié (l’heure est au gris les enfants) et pas franchement drôle malgré l’idée savoureuse de voir des Kevin et des Mary se faire tordre les boyaux devant un public de vieux en claquettes. L’autre problème, conséquent celui-là, c’est d’essayer de rendre attachant un groupe de têtes à claques rendus volontairement insupportables, afin d’appuyer de manière vaguement subversive le propos du film: le tourisme de masse qui défigure Venise devient l’ennemi numéro 1 d’un groupuscule mystérieux. Mais qui plaint-on dans cette affaire, au final? Sûrement pas les énergumènes venus d’Espagne, débarquant sur les gondoles avec leur chapeau bite.

Il y a vingt ans, Álex de la Iglesia aurait rendu cette rencontre parfaitement incorrecte et hilarante: ici, le premier degré déborde et l’on assiste, entre quelques meurtres gentiment gores, à une enquête bavarde dont on se fiche royalement. Foutant à la rue tout son décorum baroque (une scène de fête masquée ohé-ohé à peine plus perverse que le clip du Gravity of Love de Enigma), pas franchement fasciné par la démesure, la mélancolie et la crasse de la ville qu’il filme, le réal se met en mode automatique et signe probablement son pire film, là où même les très mineurs Sorcières de Zugarramurdi ou El Bar se laissaient gentiment voir en bons divertissements dégénérés. Elle a pris l’eau, la gondole… J.M.

Prochainement sur Amazon Prime Video / 1h 20min / Epouvante-horreur
De Álex de la Iglesia
Par Álex de la Iglesia, Jorge Guerricaechevarria
Avec Ingrid García Jonsson, Silvia Alonso, Goize Blanco

 

1 COMMENTAIRE

  1. Absolument pas d’accord. Deja le générique est superbe et marquant et la critique du tourisme pertinente et c’est plutôt bien réalisé. Alors cest pas le meilleur de La Iglesia mais ça reste fort fréquentable

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