« Love, Death + Robots »: « Jibaro », le diamant de la saison 3 de la série créée par Tim Miller et David Fincher

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La série d’animation Love, Death and Robots, créée par Tim Miller et David Fincher, revient pour une troisième saison sur Netflix. Une anthologie de neuf courts-métrages d’animation qui, comme le veut la loi du genre, se révèle bien inégale, mais recèle des trésors, à l’instar de Jibaro, relatant le combat entre un chevalier sourd et une sirène du lac dans une forêt luxuriante. Un chef-d’œuvre. 

Il y a trois ans, Tim Miller et David Fincher (en tête) étaient allés chapeauter une anthologie de courts-métrages draguant ouvertement le concept d’un certain Métal Hurlant (autant le magazine hexagonal que le film d’animation ricain qui en a découlé): des saynètes d’animation aux styles divers avec comme fer de lance la SF sous toutes ses formes (space-opera, horreur cosmique, dystopie délirante…) et même un peu de fantastique au milieu. Sans grosse promo, le format – plutôt original – rameute gentiment un public curieux. Sans compter que, tel un apéritif netflixien, on peut picorer sans se soucier de toute cohérence ou de liens entre les œuvres. Plaisir aussi pour les plus blasés des grosses productions familiales de pouvoir profiter enfin d’animation en CGI «adulte» où les baquets d’hémoglobines et les dérapages olé-olé (comprendre très souvent: des femmes à poil). Tout ne se vaut pas bien sûr (la malédiction des anthologies m’sieurs dames!) et l’on sent poindre au bout du compte une mécanique un poil programmatique: nous voilà à naviguer entre grosses farces rigolotes et confrontations entre monstres grrr et soldats piouw-piouw (le traumatisme de Aliens et Starship Troopers plane en permanence sur toute la série) façon trousse d’ado turbulents redessinée au blanco. On était curieux de savoir comment la formule allait évoluer, même si une saison 2 plus courte (passant de 18 à 9 épisodes…) inquiétait tant qu’à l’avenir du show…

La recette ne change point pour le troisième opus, fraîchement débarqué il y a quelques semaines, proposant une nouvelle fois alternance entre cartoons méchants et show de créatures (pas trop) célestes. Dans la première catégorie, on citera Mason’s Rats, de Carlos Stevens, massacre champêtre très gore dont la conclusion souffre d’une cohérence toute relative, ou du second volet de Three Robots, signé Patrick Osborne, un des meilleurs segments du 1er tome, qui n’ajoute hélas rien de nouveau à son prédécesseur, avec ses petits humanoïdes à la Pixar marchant gaiement sur les cendres d’une humanité calcinée. Pour la seconde, The Swarm de Tim Miller loupe totalement son voyage en milieu insectoïde, aussi bien dans son approche pseudo érotique que horrifique; Kill Team Kill de Jennifer Yuh Nelson nous ressort une tranche de brutes viriloïdes et In Vaulted Halls Entombed de Jerome Chen tente sans grand succès le gros coup de coude Lovecraftien.

Et puis il y a le reste, qui échappe davantage aux étiquettes: The Very Pulse of the Machine de Emily Dean s’essaye au trip à la 2001 en Cel Shading (cette technique de rendu non photoréaliste principalement utilisée dans le monde du jeu vidéo); ce qui ne plaira pas à tous les yeux et finit par ressembler à un fond d’écran de smartphone, et Bad Travelling, est signé quant à lui de la main de David Fincher himself. Force est de constater que cet esclandre dégueu sur un bateau attaqué par un crabe géant ne ressemble pas beaucoup à son auteur, et se révèle cruellement cousu de fil blanc malgré une technique irréprochable (comme 99 % des épisodes du show…) qui embrasse les textures poisseuses à pleine bouche.

Et puis il y a finalement ceux qu’on n’attendait pas du tout: jouant lui aussi le registre de la mauvaise blague, The Night of the Mini-Dead de Robert Bisi et Andy Lyon filme une invasion express de morts-vivants avec une incroyable esthétique til-shift (une technique donnant l’impression de contempler une maquette s’animer) et une énergie sadique de tous les diables. Meilleur film de zombies des années 2010? Allez soyons fous! Mais le prix de la mandale revient indubitablement à Jibaro, signé Alberto Mielgo, l’auteur du déjà très remarqué The Witness, splendide défi technique de la première saison dont personne n’était jamais totalement revenu malgré ses limites d’écritures. Avec Jibaro, plus question de faire la fine bouche: cette rencontre tragique entre un chevalier sourd et une sirène d’un nouveau genre croise inspirations orientales et occidentales pour livrer un des objets les plus furax jamais vu sur un petit écran.

Et dès les premiers instants, où l’on voit une armée danser et s’entre-tuer sur les rives d’un lac avant d’y plonger et ne jamais y refaire surface, l’expression «du jamais-vu» prend tout son sens. L’hyper-réalisme troublant de l’animation s’accouple avec une émotion ravageuse, célébrant érotisme vénéneux et montées de tension. Ses protagonistes impurs, ses allures de ballet grand-guignol, sa rage galopante: on parie qu’aucun blockbuster de cette année (et même après?) ne sera capable de produire un telle sidération. Vous êtes prévenus. J.M.

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