That Cold Day in The Park n’est jamais sorti au cinéma en France et fait partie des longs métrages méconnus du Robert Altman. Pourtant, must-see de la mort! Frances Austen (Sandy Dennis, alors Oscarisée pour son rôle dans Qui a peur de Virginia Woolf?) reçoit des convives; mais décroche des conversations, hypnotisée par la vision d’un jeune inconnu (Michael Burns, magnétique) aussi seul qu’elle, sous la pluie, assis sur un banc. Elle le recueille, découvre qu’il est muet. Un jeu de secret et de manipulation s’installe entre eux.
That Cold Day In The Park commence par un choc érotique. Dans la première scène – extrêmement forte – Frances se tient debout lors d’un déjeuner telle une domestique. Une manière pour Robert Altman de signifier qu’elle n’appartient déjà plus à ce monde bourgeois. Son regard se pose sur un énigmatique jeune homme qui va réveiller en elle des sentiments endormis. D’autant que Frances n’est plus jeune, toujours célibataire, contrainte d’assister avec un sourire crispé aux rituels sociaux tannants d’un club guindé de Vancouver, convoitée par un médecin qui la désire, mais qu’elle ne désire pas et, même, qui la répugne.
C’est justement parce que ce jeune homme n’appartient pas à son environnement que Frances s’entiche de lui jusqu’à l’obsession et l’impolitesse, jusqu’à nier ceux qu’elle connaissait avant, jusqu’à se persuader de choses qui n’existent pas. S’ensuit un thriller affectif: qui est ce jeune homme fantomatique? Pourquoi accepte-t-il de jouer le jeu d’une femme qui le déshabille du regard? Son comportement est au moins aussi équivoque que celui de Frances. Forcément, personne n’est innocent… Et Altman de renverser les rapports de force, de faire du prédateur une proie. Avant la conclusion, brutale et choquante. Derrière ce rapport de manipulation sadomaso (il découche le soir/elle l’enferme à clé dans sa chambre), se cache une passionnante réflexion sur la communication: Frances n’a pas les mots pour dire à quel point elle désire son jeune protégé – pour elle, ces mots sont triviaux, ne se prononcent pas et surtout ne s’écoutent pas, comme lorsque le médecin qui la convoite lui fait comprendre qu’il a envie d’elle.
La force de That Cold Day In The Park réside dans son scénario vénéneux, adapté d’un roman de Richard Miles, ancien enfant-star devenu romancier, ménageant les zones d’ombre, les non-dits, l’ambiguïté, misant sur l’intelligence et l’intuition du spectateur. Sous l’égide d’Altman, il est servi par une interprétation exceptionnelle, mis en valeur par la mise en scène sous influence Bergmanienne et la photo de Laszlo Kovacs, chef-opérateur de Easy Rider. Ce second long métrage, réalisé un an avant le phénomène M.A.S.H., préfigurait deux autres Altman où les personnages féminins révélaient la même fatigue que Frances dans That Cold Day In The Park: Images avec Susannah York et Trois femmes avec Sissy Spacek, Shelley Duvall, Janice Rule.
Réalisation: Robert AltmanScénario: Gillian Freeman, d’après le roman de Peter Miles Avec: Sandy Dennis, Michael Burns, Susanne Benton Pays d’origine USA Genre: Thriller Durée: 113 minutes Sortie: 1969 |

Réalisation: Robert Altman