Philippe Rouyer nous raconte « Vortex » de Gaspar Noe

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Parmi les surprises que réserve Vortex de Gaspar Noe, en salles le 13 avril, figure la présence du critique de cinéma Philippe Rouyer, le temps d’une scène de conférence de rédaction avec Dario Argento comme rédacteur en chef. Il nous explique comment s’est passé le tournage.

«Tout a commencé le dimanche 11 avril 2021 vers 22h.
Gaspar Noé me téléphone pour me proposer de venir dès le lendemain matin tourner une scène dans son nouveau film (dont le titre n’était pas encore Vortex). Il s’agirait de jouer un critique de cinéma dans un comité de rédaction. Gaspar ne sait pas encore qui seront mes «collègues», même s’il compte recruter d’autres critiques. Je ne suis pas vraiment étonné, car il avait déjà proposé à des copains et connaissances de faire de la figuration dans Seul contre tous et Irréversible. Je n’avais pas pu y participer. Cette fois, je suis libre et je me réjouis de pouvoir l’observer au travail en ayant une bonne raison d’être sur son plateau sans déranger.
Gaspar me prévient qu’il n’a pas de textes à me donner et qu’il ne m’en fournira pas davantage sur le plateau. Il s’agira d’improviser un débat un peu vif sur un sujet cinéma. Sous le sceau de la confidence, il me glisse le nom de l’interprète du rédacteur en chef de cette revue de cinéma pour laquelle je suis censé écrire: c’est l’acteur principal du film, Dario Argento.
Mon excitation est maximale. Je m’engage dès cet instant à garder une totale confidentialité sur tout ce qui concerne ce film.
Le lundi matin, comme me l’avait réclamé la production, avant de me présenter sur le plateau vers 10h30, j’ai fait un détour par la pharmacie pour un test antigénique. À mon arrivée sur le lieu du tournage, un responsable Covid me prend en charge et me donne un masque FFP2, à porter avant le début des prises de vues. Au maquillage, je retrouve parmi mes camarades de jeu, Laurent Aknin, Jean-Pierre Bouyxou, Stéphane Derdérian et Jean-Baptiste Thoret. Gaspar nous fait visiter le plateau: la reconstitution d’un appartement labyrinthique avec partout sur les murs des étagères de vrais livres, DVD et affiches de films. Dans un coin, une pièce est aménagée pour faire salle de rédaction. Notre revue est fictive. Elle s’intitule L’Œil du cinéphile et il y en a toute une collection sur le bureau et les étagères. Avec pour chaque numéro, une belle couverture spécialement conçue pour l’occasion. On verra à peine ces numéros à l’image, mais j’apprécie qu’ils existent. Avant de tourner, nous improvisons un peu sous la direction de Gaspar. Il souhaite qu’on s’engueule. Il va être question de la situation économique de la revue et du contenu de son prochain numéro: divers sujets sont développés autour du rêve et de la mémoire.
Enfin on tourne et c’est fascinant de voir les arabesques du grand chef-opérateur Benoît Debie avec sa caméra. En doublette avec Gaspar qui assure lui-même la deuxième caméra. Je n’avais pas compris alors que la plus grande partie du film serait en split-screen. On refait notre scène plusieurs fois avec différentes versions. Dans l’une, Dario me remet officiellement les clés du magazine pour lui permettre de prendre de la distance et s’occuper pleinement du livre qu’il écrit sur l’inconscient au cinéma. Une fois certain d’avoir obtenu ce qu’il désirait, Gaspar nous demande des variations pendant que Debie et lui filment dans la pièce d’à côté une séquence cruciale entre le personnage de Dario et sa maîtresse, qui est par ailleurs la secrétaire de rédaction de notre revue.
On a bien conscience que le véritable enjeu de la séquence est leur échange. Au point qu’en repartant en fin d’après-midi (après un bon déjeuner à la cantine de la production), je me demandais s’il resterait quelque chose de ce que nous avions filmé. Je sais combien Gaspar recrée ses films au montage. De toute façon, assister à ce tournage et y participer était déjà une fête et un privilège. Mais je reconnais que me retrouver ensuite dans ce film le temps d’une brève apparition (où je revendique l’importance de la critique de cinéma) a été pour moi une source de bonheur et de fierté. Même si, en retour, cela m’a privé (par déontologie) du grand plaisir de défendre ce film magnifique dans les colonnes de Positif P.R.

13 avril 2022 en salle / 2h 22min / Drame
De Gaspar Noé
Scn Gaspar Noé
Avec Françoise Lebrun, Dario Argento, Alex Lutz

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