À 49 ans, le réalisateur espagnol Paco Plaza, que l’on suit depuis Les enfants d’Abraham (2003) et qui est devenu roi de l’horreur avec [REC] (2007) cosigné avec son ami Jaume Balaguero, revient au fantastique avec La abuela. Un film où vieillir, c’est un peu l’angoisse.
La Abuela, le nouveau film de Paco Plaza, joue sur l’une des angoisses les plus répandues (la peur de vieillir) à travers l’histoire d’une jeune mannequin espagnole, Susana (Almudena Amor), qui doit rentrer d’urgence à Madrid pour s’occuper de sa grand-mère malade (l’ex-mannequin et actrice brésilienne Vera Valdez). Dans le huis clos d’un appartement bourgeois, encombré de souvenirs, au parquet qui grince et aux portes qui claquent, une relation trouble va se nouer entre la dame âgée et grabataire et sa petite-fille. Face à cette aïeule rendue mutique par la maladie, et aux événements surnaturels qui semblent l’entourer, cette dernière va rapidement perdre pied, dans une atmosphère tout en tension psychologique, en partie inspirée par le Rosemary’s Baby de Roman Polanski. « Tout film est un peu une autobiographie », raconte Paco Plaza, qui a voulu dans La Abuela raconter la vieillesse « comme une forme de possession », éprouvé par une « expérience personnelle », la maladie d’Alzheimer dont a souffert l’une de ses tantes.
Avec ses jeux de miroirs et d’allers-retours entre la grand-mère et sa petite fille, qui brouillent le fossé entre les générations, Paco Plaza exprime « la peur de ne plus reconnaître une personne proche » et « l’héritage familial, auquel on ne peut pas échapper ». L’horreur « est la façon la plus efficace d’approcher de façon poétique et métaphorique les choses qu’on a dans la tête », dit Plaza, biberonné au film de genre dès son enfance en Espagne, grâce à une émission de télé, Mis terrores favoritos, qui diffusait des classiques. « Chaque enfant de ma génération a vu Frankenstein, Dracula, des gialli, des films de zombies… Pour moi, c’était le jour le plus joyeux de la semaine! On était familiers de l’horreur, c’était présent dans la vie quotidienne », raconte-t-il. « Je remercie mes parents de ne pas m’avoir interdit de les voir. Ma mère qui m’a dit: ‘Ne t’inquiète pas, ce n’est que de la fiction, tu peux profiter de l’expérience, ce n’est pas réel' ». Des films traumas qui ne manquent pas de grandeur. Rosemary’s Baby (1968) de Roman Polanski? « Il n’y a pas de meilleur film au niveau de la réalisation ». L’exorciste (1974) de William Friedkin? « Vous ne trouvez pas de meilleur scénario ». Stephen King, multi-adapté au cinéma, à commencer par Shining? « C’est l’égal de Borges ou Cortazar, un écrivain fabuleux », dit-il, avant de conclure: « Beaucoup de films de série B sont pour moi des chefs-d’œuvre ».
