[BEHIND THE GREEN DOOR 2] Artie & Jim Mitchell et Sharon McKnight, 1986

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Derrière la porte verte, la poule aux œufs d’or! En 1972, les frères Mitchell battent tous les records avec leur partouze troublée et troublante Behind the green door (Derrière la porte verte), les conduisant tant bien que mal à exploiter le filon. Qui se souviendra de Resurrection of Eve (toujours avec Marilyn Chambers) ou de Sodom and Gomorrah: The Last Seven Days, vendu comme l’ultime péplum cul (qu’il n’est pas)? Pas grand monde. Il faut dire que les frangins, dépassés par la concurrence, se sont laissés entraîner dans une spirale de corruption et d’excès en tous genres, qui conduira d’ailleurs à un fratricide légendaire, relaté dans le biopic Rated X.

Bien avant la tragédie, et alors que la vidéo avait commencé à attaquer sec le marché du porno, les Romulus et Rémus du X ont tenté de retrouver leur gloire d’antan: dans The Grafenberg Spot, un véritable all-stars de la fesse, ils réunissent Harry Reems, Gynger Lynn, Traci Lords, Annette Heaven et John Holmes: du classique, mais chic, se concluant dans un 69 de toute beauté où Reems le moustachu se retrouve inondé au ralenti par la cyprine sa partenaire, quant à elle de l’autre côté du jet. Et puis, il y aura bien entendu la tentative de donner une suite à leur hit originel (Behind the green door, donc). Une pratique commune autant dans le cinéma tradi que dans le marché du film pour adultes. Et la plupart du temps, la suite attendue se déguste comme un bon gros bol d’eau tiède (remember les piteux Cafe Flesh 2 et autres Gorge Profonde 2). Eh bien, croyez-le ou non, sur ce coup, les deux margoulins ont eu raison de toquer à nouveau à la grande porte verte…

Si l’idée principale reste la même (soit une partouze masquée ohé-ohé), son exécution est tout autre: sa longue introduction, en vue subjective, dans un avion peuplé de personnages farfelus, en dit long sur la volonté d’offrir un spectacle infiniment différent et audacieux. Une des hôtesses de l’air en transit rejoint alors sa chambre pour un repos bien mérité, le masseur électrique bien branché là où il faut, devant… Behind the green door, tout simplement! Dans l’immeuble d’en face, un homme en fauteuil l’observe… De Palma mood: qui regarde quoi, qui regarde qui. Monsieur se branle, monsieur rêve: en limo, le voilà sur deux jambes, rejoignant un club privé. Et on est reparti: tout est fantasme et donc tout est reconfiguration du premier film vu par de nouveaux yeux et une nouvelle époque. Le premier opus venait de l’ombre, avait quelque chose du velours noir; le second est opulent, coloré, festif, outrageusement camp.

Sharon McKnight, chanteuse de cabaret dont les frères Mitchell avait produit le premier et dernier film porno (l’adaptation du livre coquinou The Autobiography of a Flea), ouvre le bal: impossible, on dit bien IMPOSSIBLE, que les animateurs de Disney n’aient pas pensé à elle pour l’Ursula de La petite sirène (imaginez…). Sur scène, une Jacqueline à perles (l’hôtesse qui ouvrait le film alors) déguste une sarabande de trapézistes (un des clins d’œil à l’opus précédent), avant de se faire gaufrer par un homme-statue et de connaître l’ultime outrage par un beau satyre. Ambiance temple en carton-pâte assumée, pour mieux revenir à la sainte décadence romaine. Tout comme dans le précédent film, tous les corps dans l’assemblée graveleuse sont acceptés: minces ou gros, jeunes ou moins jeunes, trans ou cis.

Derrière cette frénésie dans la gourmandise, Behind the Green Door 2 dissimule ses peurs sous un énorme sourire. Si insistante qu’elle flirte avec le running gag, la promotion du safe sex et du plastique fantastique, des capotes en passant par les gants, traduit le fossé entre les 70’s et les 80’s: l’angoisse du sida et sa silhouette de Thanatos piétinent les plates bandes du plaisir. La quasi absence d’hardeurs professionnels et le play safe permanent ont horrifié les critiques spécialisées de l’époque. Or, en faisant abstraction de cet aspect sociologique passionnant, ces derniers en ont par ailleurs oublié sa malice méta et son étrangeté loufoque. Soit des qualités qui désertaient petit à petit les productions de l’époque… J.M.

Réals: Mitchell bros & Sharon McNight
Production: Jim Mitchell
Avec: Missy Manners
Photo: Jon Fontana
Montage: Lawrence Legume
Distribution: Mitchell Brothers Pictures
Durée: 90 minutes

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