« The Batman »: Robert Pattinson en super-héros grunge pour un nouvel opus noir et désespéré

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Batman grunge, dans le côté définitivement obscur de la force. Deux années à arpenter les rues en tant que Batman et à insuffler la peur chez les criminels ont mené Bruce Wayne (Robert Pattinson) au cœur des ténèbres de Gotham City. Avec seulement quelques alliés de confiance – Alfred Pennyworth (Andy Serkis), entre autres – parmi le réseau corrompu de fonctionnaires et de personnalités de la ville, le justicier solitaire s’est imposé comme la seule incarnation de la vengeance parmi ses concitoyens. Lorsqu’un tueur s’en prend à l’élite de Gotham par une série de machinations sadiques, une piste d’indices cryptiques envoie le plus grand détective du monde sur une enquête dans la pègre, où il rencontre des personnages tels que Selina Kyle, alias Catwoman (Zoë Kravitz), Oswald Cobblepot, alias le Pingouin (Colin Farrell), Carmine Falcone (John Turturo) et Edward Nashton, alias l’Homme-Mystère (Paul Dano)…

On prend les mêmes, et on ne recommence pas. Robert Pattinson n’avait jamais vraiment eu envie de jouer un super-héros jusqu’à ce que Ben Affleck abandonne le personnage de Batman en laissant derrière lui la cape du célèbre justicier masqué dans des variations marquées par une approche biblique (Batman V Superman et Justice League). Après une décennie passée à enchaîner les succès avec des films indépendants (notamment chez David Cronenberg et Claire Denis), Robert Pattinson a pris l’initiative d’une rencontre avec les cinéastes chargés par les studios Warner Bros de relancer la franchise Batman.

Qu’on le veuille ou non, il s’agit d’un choix audacieux pour celui qui, dans le cadre d’une super-production Hollywoodienne, se montre viscéralement intéressé par tout ce qui est torturé chez le personnage de Batman et Bruce Wayne, sa solitude, sa dualité, ses ambiguïtés, ses tourments. Ce Batman est à cette image de fascination sincère, baignant dans une lumière chaude et une esthétique néo-noir, ressemblant moins à un énième film de superhéros qu’à un polar urbain de quasi 3 heures. Beaucoup du bien que l’on pense du résultat est redevable à la direction artistique, au chef-opérateur Greig Fraser conférant un relief fascinant à la ville de Gotham tout en clair-obscur. Et aussi à sa capacité à rebattre toutes les cartes, celles-là même que l’on pensait caduques, pour un onzième film et cinquième version du personnage sur le grand écran, dix ans après The Dark Knight Rises: le jeune Bruce Wayne débute derrière le masque du justicier nocturne et n’a pas encore gagné la confiance de la police et de la population de Gotham City. Il a encore du travail pour perfectionner son style et ses tactiques pour lutter contre les criminels écumant la ville fictive. Quant à ses fameux gadgets, ils n’en sont qu’à l’état de prototypes. S’en fout un peu, comme dirait Claire Denis.

Car, oui, c’est la bonne surprise: The Batman, dans la veine de la trilogie déjà sombre de Christopher Nolan avec Christian Bale dans le rôle-titre, frappe encore davantage par son ton macabre et noir, comme inoculé par l’horreur, la colère et le chagrin du monde contemporain. Batman lui-même, en détective surdoué, y paraît désespéré, presque dépressif, un personnage partiellement inspiré par Kurt Cobain, le leader du groupe Nirvana nommément cité hantant tout le film comme un fantôme. Rien d’anodin ou d’un effet pop: c’est une connexion aussi évidente que puissante, rappelant l’essence du grunge, ce courant de rock-alternatif ultra-populaire dans les années 90 aux textes rageurs, dépressifs et résignés, à contre-courant de ce qui existait sur la scène musicale de l’époque. Ce super-héros Cobainien est un héros tourmenté, voire un anti-héros, tant la vengeance se révèle sa drogue, mû qu’il est par l’envie de faire du mal à ses ennemis. Batman est à la poursuite de l’Homme-Mystère (Paul Dano), un tueur en série des plus sinistres, mais qui prétend dans son délire mener une croisade contre les élites corrompues de Gotham. Ses assassinats, diffusés sur les réseaux sociaux, deviennent rapidement très en vogue auprès d’une frange de la population qui va se mettre à aduler le sociopathe comme un gourou.

S’il est évident que Matt Reeves, réalisateur de Cloverfield et des deux derniers volets du reboot de La Planète des singes, n’est pas David Fincher (malgré les efforts de sur-stylisation pour faire ressembler son film à Seven) et si les enjeux demeurent éventés, ce nouveau départ dans la saga, inaugurée en bande dessinée voici plus de 80 ans, n’en échappe pas moins aux ornières très redoutées, à commencer par l’origin story opportuniste surfant sur Joker (Todd Phillips, 2019) ou le retour à une case plus consensuelle. Pour tenir les promesses sans faiblir sur une telle durée, Reeves se devait d’être bien entouré: si Pattinson se révèle sans surprise particulièrement bon (il n’a jamais été particulièrement mauvais, en même temps), la (re)découverte s’appelle Colin Farrell en Pingouin revenu des enfers, renvoyant tous les Jared Leto de la Terre dans la cour de récré. A.V.

2 mars 2022 en salle / 2h 57min / Action, Policier, Drame
De Matt Reeves
Scn: Matt Reeves, Peter Craig
Avec Robert Pattinson, Zoë Kravitz, Paul Dano

 

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