François Ozon a ouvert la Berlinale avec son Peter von Kant, une relecture d’une figure tutélaire du cinéma allemand, Fassbinder, dont il se veut le disciple autoproclamé. Dans sa conception même du cinéma, très précisément dans ses avant-derniers films (Climax, Lux Æterna), Gaspar Noe en est pourtant beaucoup plus proche.
Plus près de toi, mon Fassbinder chewi… Qu’il s’agisse de Ozon ou de Noe, l’héritage Fassbinder se dispute dans le cinéma français actuel, mais pas de la même façon. Ozon, lui, fait dans la bonne copie (voir ses Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, adaptation d’une pièce de Rainer), alors que Noe, s’il le cite en interview, en est beaucoup plus proche dans le style comme dans la conception, plus brûlante, du cinéma. Et ce même s’il faut reconnaître à Ozon une vraie liberté de ton à chaque nouveau projet.
Reste qu’il y a quarante ans, l’œuvre originale de Rainer Werner Fassbinder, Les larmes amères de Petra von Kant, était montrée au festival de Berlin. Du coup, la présentation de cette nouvelle version, librement inspirée de l’originale, tenait à cœur à Ozon. L’ozeur a choisi cette fois une œuvre qui explore la nécessité et l’impossibilité d’aimer, ainsi que l’ivresse du pouvoir qui guette les artistes. Dans sa version, le personnage principal, Petra von Kant, est remplacée par son alter ego masculin, Peter, interprété intensément par son chouchou Denis Ménochet (Dans la maison, Grâce à Dieu), relooké tel un ogre Rainer. Il incarne un réalisateur égocentrique qui tombe fou amoureux d’un acteur débutant, Amir, interprété par Khalil Gharbia, dont c’est le premier rôle de cinéma. Une passion dévorante qui va finir par se retourner contre Peter von Kant lorsqu’Amir va prendre son indépendance, sous les yeux de l’une des anciennes muses du réalisateur, interprétée par Zaza Adjani. Ultime clin d’œil à l’histoire du cinéma, l’actrice allemande Hanna Schygulla, qui jouait dans la version de Fassbinder, reprend du service.
Dans cette réalisation en forme de déclaration d’amour au cinéma, qu’il a autoproduit, Ozon, qu’on l’ait aimé, que l’on aime toujours ou qu’on ne l’aime plus, démontre une nouvelle fois sa capacité à créer des univers singuliers et très différents d’un film à l’autre, avec cette fois une envie de « refilmer les années 1970 », l’une de ses périodes favorites: « Ce qui m’intéressait, c’était d’incarner et de faire comprendre la souffrance de ce personnage de Peter von Kant », qui désespère en découvrant que « l’amour pur » n’existe pas, a ajouté François Ozon en présentant son film à Berlin. « Il n’y a pas d’amour heureux », chantait déjà Danielle Darrieux dans 8 Femmes. A.V.
