15ème édition du Offscreen Film Festival: une dose booster de chaos dans le microcosme culturel bruxellois

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En ces temps maussades, il reste des nouvelles à même de réjouir les esprits chagrins. Après une cuvée 2021 pré-pass sanitaire et en version condensée pour cause de COVID-9shit, le Offscreen Film Festival revient du 9 au 27 mars 2022.

Comme d’habitude, les films plus récents sont regroupés sous la bannière Offscreenings et proposent des titres de qualité. On y dénombre Earwig, le dernier effort de notre chouchou Lucile Hadzihalilovic (elle viendra le présenter sur place), le film d’horreur norvégien The Innocents (Eskil Vogt, 2021), en charge de l’ouverture du fest, Bull de Paul Andrew Williams, l’hyper attendu Mad God, éternelle arlésienne du magicien des SFX Phil Tippett, ou encore Flux Gourmet, marquant le grand retour de Peter Strickland après In Fabric (2018) et qui traite des troubles intestinaux sous un angle satirique (!). Strickland fera d’ailleurs le voyage jusqu’à BX-Hell pour nous parler de ses reflux gastriques.

Entre autres curiosités, le très mystérieux Broadcast Signal Intrusion (Jacob Gentry, 2021) nous excite beaucoup: il s’agirait d’un thriller situé à Chicago dans les 90’s et centré sur un hacker masqué, dont les méfaits rappellent le modus operandi du mouvement QAnon. Et que dire alors du nippon Sexual Drive (2021) de Kôta Yoshida, mêlant gastronomie et érotisme par le biais d’un pervers, qui vante les vertus aphrodisiaques des plats japonais pour mieux appâter ses victimes. Tout un programme!

Mais soyons clairs: ce qui fait toujours le sel du Offscreen est sa partie rétro, articulée suivant divers thématiques. Jeff Lieberman sera l’invité d’honneur de cette édition et introduira chacune des séances de ses œuvres : les cultissimes Squirm (La Nuit des Vers Géants, 1976) et Blue Sunshine (Le rayon bleu, 1977), mais aussi le slasher tirant vers le survival Just Before Dawn (Survivance, 1981) et le trop méconnu Remote Control (1988), à l’atmosphère on ne peut plus 80’s. Dans ce dernier, un employé de vidéo-club croit avoir découvert un complot extraterrestre visant à prendre possession de la Terre. De quelle manière? Le lavage des cerveaux de la population… à l’aide d’un piètre film de SF des années 50. On me chuchote dans l’oreillette que cela fonctionnerait également avec les films du trublion Jean-Jacques Rousseau (on espère bien sûr que ce bon JJR repose en paix).

Par ailleurs, la théma dédiée à H.P. Lovecraft et à l’horreur cosmique devrait récolter tous les suffrages. Elle propose rien de moins que la curiosité The Dunwich Horror (Daniel Haller, 1970), adaptation très libre de la nouvelle L’Abomination de Dunwich (1929), où Dean Stockwell part à la recherche du Necronomicon, entre outrances psychés et orgies mystiques, le génial In The Mouth of Madness (L’Antre de la Folie, John Carpenter, 1994), l’Absentia (2011) de Mike Flanagan, Color Out of Space (2019), pour lequel Richard Stanley propulse Nic Cage dans l’horreur innommable lovecraftienne, et, surtout, le fabuleux triptyque qu’avait consacré le regretté Stuart Gordon aux univers du Maître de Providence: Re-Animator (1985), From Beyond (1986) et Dagon (2001) – il serait temps de songer à le réévaluer -.

Sans oublier le sublime Spring (Justin Benson & Aaron Moorhead, 2014), qui orchestre l’union entre le drame poignant, le romantisme le plus désespéré et les tentacules (non, on ne parle pas de Hentai). N’en disons pas plus, car la première vision de Spring est une expérience bouleversante (l’auteur de ces lignes avait pleuré toutes les larmes de son corps lorsqu’il l’avait découvert au BIFFF).

En dépit de tout cela, le retour sur les films de Hong Kong «hors catégorie» et de Category III – un cycle avorté en 2020, pour les raisons que l’on sait – constituera à coup sûr le gros morceau du Offscreen 2022. À l’heure où la situation politique de la Perle de l’Orient est plus que dramatique et où l’état chinois cherche à invisibiliser, voire à détruire tout un pan du patrimoine cinématographique local, réussir à programmer de telles œuvres est un acte de foi.

Ne manquez donc pas des péloches aussi barrées que le sulfureux (euphémisme) Man Behind The Sun (Camp 731, Hei tai yang 731, Tun-Fei Mou, 1988), le très déluré Sex and Zen (Yuk po tuen : Tau ching bo gam, Michael Mak, 1991), Full Contact (Xia Dao Gao Fei, Ringo Lam, 1992) – un des plus grands polars HK -, ou encore The Untold Story (Bat sin fan dim: Yan yuk cha siu bau, 1993) et Ebola Syndrome (Yi boh lai beng duk, 1996) qui, sous l’égide d’Herman Yau et avec l’appui d’un Anthony Wong déchaîné, rivalisent de mauvais esprit et de glauquitude.

Il serait injuste de ne pas citer Viva Erotica (Sik ching nam lui, Derek Lee & La Chi-Leung, 1996), qui se permet une approche autoréflexive par rapport aux petites recettes des Cat. III, le somptueux Zu, les guerriers de la montagne magique (Shu Shan – Xin Shu shan jian ke, 1983) de Tsui Hark et le très « autre » Karate on the Bosphorus (Karateciler Istanbul’da, 1974) qui aurait été commis par ce filou de Godfrey Ho sous le pseudo de Victor Lamp (sans garantie aucune, puisqu’on attribue aussi sa paternité à Lawrence Chan ou Viktor Lam-NDR). Si vous rêvez d’admirer la superstar turque Cüneyt Arkin se battre au côté d’un tataneur hongkongais, ce film est pour vous.

Il se dit que l’ordonnateur du Grand Chaos enverra un de ses chroniqueurs les moins fréquentables au Offscreen.

En attendant, toutes les infos utiles sont sur le site du festival. A.D.

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Alan Deprez
Alan Deprez est sorti diplômé de l’INRACI (école de cinéma bruxelloise) en 2007. Il a ensuite réalisé un long-métrage documentaire ("Princesse Mimi" - toujours inédit), des clips et des courts-métrages, dont "Erotomania" (2012) - conçu pour les 30 ans du BIFFF - et "Cruelle est la nuit" (2017), qui compte des dizaines de sélections en festivals partout dans le monde (USA, Mexique, Allemagne, Royaume-Uni, France…). "Cruelle est la nuit" est sorti en DVD en 2020 chez l’éditeur belge Zeno Pictures. En parallèle de ses activités de cinéaste, la cinéphilie d’Alan et son amour du 7ème Art l’ont amené à collaborer avec des tas de publications (il écrit encore pour certaines de celles-ci), en qualité de journaliste culturel et critique cinéma : magazines (Mad Movies, Lui, Hot Vidéo, Vivre Paris, Metaluna), encyclopédie (L’Encyclopédie des longs-métrages français de fiction 1929-1979), ouvrages cinéma (participation à divers opus de la collection "Darkness, censure et cinéma") et fanzines/prozines (Médusa Fanzine, CinémagFantastique, Darkness Fanzine, Cinétrange).

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