« BigBug »: le retour de Jean-Pierre Jeunet chez Netflix

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Après neuf ans d’absence, le réalisateur français Jean-Pierre Jeunet ne mâche pas ses mots dans un entretien à l’AFP: il y étrille un monde du 7e art dominé par le « marketing » et dit « merci à Netflix », qui diffuse dès vendredi son dernier long-métrage, BigBug.

« J’ai frôlé la dépression, j’étais très déprimé à l’idée de ne pas pouvoir tourner », confie dans un entretien à l’AFP le réalisateur du Fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001), un des plus gros succès commerciaux mondiaux pour un film français. Celui dont la filmographie cumule près de 21 millions d’entrées au box-office tricolore raconte le parcours du combattant qu’a été la sortie de BigBug, une comédie dystopique sur fond de guerre entre humains et robots, avec Elsa Zylberstein, Isabelle Nanty et Dominique Pinon. « Concrètement, personne n’en a voulu en France. J’ai entendu les mêmes mots, les mêmes phrases que pour Delicatessen et pour Amélie: c’est trop bizarre, trop décalé. Donc trop risqué », affirme-t-il. Alors que le projet s’apprête à tomber à l’eau, le réalisateur de 68 ans reçoit un coup de fil du géant américain du streaming: « Ils ont dit oui au projet en 24 heures. Merci Netflix! », dit-il.

Si les derniers films du réalisateur n’ont pas connu les succès des précédents – moins de 700.000 entrées pour T.S. Spivet (2013) contre près de 4,5 millions pour Un long dimanche de fiançailles (2004) ou près de 9 millions pour Amélie Poulain – le nom du réalisateur bénéficie d’une aura au sein du cinéma mondial. La plateforme continue d’être mal vue par nombre de réalisateurs? Un faux débat pour Jean-Pierre Jeunet pour qui « les choses ne se remplacent pas, elles s’additionnent »: « Les plateformes n’ont pas remplacé le cinéma, qui n’a pas remplacé le théâtre. Il y aura toujours des films en salles pour les grands films. Le monde change, il faut s’adapter ». Et de dénoncer l’hypocrisie d’une industrie où « le marketing a pris le pouvoir et maintenant, les décisionnaires sont des gens qui sortent d’écoles de commerce et qui vous expliquent comment faire un film ».

Mais surtout pour le réalisateur, finie l’angoisse de la sortie en salles: « Dès qu’un film sort, on a les yeux rivés sur le nombre d’entrées. Quand on vous dit il y a 200 spectateurs, c’est une catastrophe. Là, il y a un demi-milliard de spectateurs potentiels puisqu’ils ont (environ 220) millions d’abonnés. Si 1% le regarde, ça fait beaucoup de monde », souligne-t-il. « Quand j’ai commencé à signer avec Netflix, on se moquait de moi. On me disait ‘tu devrais pas’ et aujourd’hui, tout le monde m’appelle pour me dire qu’ils ont envie d’y aller », dit-il.

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