[BAYAN KO] Lino Brocka, 1984

Faute de distribution, le cinéma philippin d’antan n’est clairement pas le cinéma asiatique le plus aisé à découvrir, même si certains noms comme Elwood Perez (Silip) ou Peque Gallaga (Scorpio Nights) sont très vaguement parvenus jusqu’à nous. Tout en haut, il y a Lino Broka, cinéaste touche à tout donc les mélos très engagés ont pourfendu les mers pour flirter avec la garnison cannoise. Ce fut justement le cas avec Bayan Ko, de Lino Brocka, produit par la Française Véra Belmont, ayant ainsi pu voyager avant même de passer par la commission de censure de son pays. De quoi foutre les boules au gouvernement philippin de l’époque. Car rappelons que ce précieux long métrage fut tourné sous la dictature de Ferdinand Marcos, avec pour unique but de l’avoir dans son viseur.

Réalisé dans un état de rage et de révolte absolue, Bayan Ko inspecte par la lorgnette la vie de tous les jours d’un couple d’ouvriers comme tant d’autres, tous deux travaillant dans la même imprimerie. Lorsque Madame tombe enceinte, les tourtereaux n’arrivent plus à suivre la cadence des dettes ou de l’achat des médicaments surtaxés : la rencontre avec un ancien ami malfrat de monsieur et une grève frappant l’usine vont alors petit à petit faire basculer la situation.

Avec sa réalisation sèche et son refus d’esthétisation de la misère, Broka restitue avec précision le climat anxiogène des années Marcos, comme si chaque jour des personnages n’était qu’une nouvelle seconde sur le compteur d’une bombe à retardement. Dénonciation sans faille de la violence d’un État, sans finesse aucune certes (on n’est clairement pas là pour ça), mais avec une véracité mordante, jusqu’au sublime et atroce plan final, où le voyeurisme et la complicité des médias se retrouvent exhibés sans ménagement. Une férocité politique intacte, et à chérir encore indubitablement. Exhumé il y a quelque temps avec Manille: dans les griffes des ténèbres et Insiang, le cinéma de Lino Broka est loin, très loin de voir la lumière au bout du tunnel !

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