Claire Denis ❤ Tindersticks : trouble every film

De Nénette et Boni à High Life, les Anglais de Tindersticks ont composé (et joué) la musique de plusieurs films de Claire Denis. Et on aime ça. Pour Chaos, Claire revient sur cette collaboration.

«J’ai rencontré les Tindersticks par hasard. Je co-écrivais le scénario de Nénette et Boni à Marseille. Je remonte à Paris un week-end et il y avait un concert au Bataclan des Tindersticks. Je crois que c’était leur premier à Paris, d’ailleurs. Ils ont chanté une chanson de leur second album qui s’appelait My sister. J’ai eu un tel coup de foudre que j’ai demandé à aller dans les backstage. Cette chanson m’a interpellée parce qu’elle correspondait totalement au film que j’écrivais. Nénette et Boni aurait pu s’intituler «Ma sœur». Je rencontre Stuart Staples. Je lui explique que je prépare un film, que j’aimerais utiliser sa chanson pour mon film et qu’à tout hasard je lui proposais de lui envoyer le scénario. Quelques jours plus tard, il me rappelle et me dit qu’il n’y avait pas de problème, mais il trouvait dommage de prendre cette chanson. Il pensait que ce serait mieux s’il pouvait réfléchir à la musique du film en amont. Ce n’était pas dans son état d’esprit de lâcher une chanson, il ne voulait pas la donner sans connaître. Les Tindersticks sont venus à Marseille pendant le tournage. Ils ont beaucoup participé au film et ça les intéressait parce que l’expérience leur était inédite. Quand ce fut terminé, ils ont souffert parce qu’ils avaient peur de mal faire, de décevoir. Ça marchait totalement. Plus tard, j’ai parlé à Stuart de Trouble Every day. Dans leur deuxième album, il y avait un morceau qui s’appelait Seaweed et qui me troublait beaucoup parce que «Seaweed» en anglais veut dire «algue». Dans la chanson, on comprenait qu’il s’agissait d’une femme nue dans une baignoire qui voyait ses poils bouger lentement comme des algues. A travers cette chanson, je pouvais rêver un corps comme un paysage. En même temps, c’était cruel parce que ce n’était plus un corps aimé, le corps devenait un paysage et donc un corps que l’on pouvait détruire. Dans le film, le personnage de Vincent Gallo ne peut plus faire l’amour à sa femme parce qu’il a peur de lui faire mal. Et c’est encore une fois à partir du scénario que Stuart a écrit la chanson, en me disant que je pourrais l’utiliser pour le générique de fin. En fait, c’est devenu la musique que l’on entend tout le long du film. Pour moi, la relation que j’entretiens avec eux n’a rien à voir avec de la fidélité. Je crois que Stuart n’aurait pas d’intérêt à être musicien sur tous mes films. Par contre, je pense que lui sait voir son propre intérêt pour explorer d’autres territoires. Je n’aime pas le mot «fidélité» car au fond, ce serait dire qu’il n’y a plus de curiosité.» (Propos recueillis par Romain Le Vern)

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